Interview

08 février 2009 22:44; Act: 08.02.2009 21:55 Print

«Obama est le nouveau nègre de la maison blanche»

par Shahïn Ammane - Un week-end marathon pour Dieudonné. Celui qui, d’un côté, est représenté comme l’icône de l’antisémitisme et de l’autre, comme le haut-parleur des causes injustes a prêché deux fois par soir.

Une faute?

Loin de se faire dans le désert, ces représentations ont fait salle pleine. Il revient sur l’effervescence qui a précédé son arrivée.

- «20minutes.ch». La Cicad (Coordination intercommunautaire contre l’antisémitisme et la diffamation) parle dans son tract distribué aux passants de votre liberté d’expression dévoyée. Comment vous défendez-vous?

- Dieudonné. Il y a une sorte d’hystérie de la part de cette association qui ne représente pas grand chose. Elle parle au nom de l’universalité, mais agit de manière communautaire. Fermement sioniste, elle est l’émanation de la politique désastreuse que mène l’état israélien et l’armée de tsahal à Gaza.

- Quelle réponse à ses accusations d’antisémitisme?

- Qu’elle se lève et proteste lorsqu’un journaliste et producteur de sa communauté, Pascal Bernheim, me traite de «nègre» à la télé. Ce dérapage, qui risque fortement d’être condamné, n’émeut personne. Si j’avais dit un quart de ce qu’il a dit, je serai devant les tribunaux. Pourquoi vos politiciens socialistes ne demandent pas que l’argent publique des suisses ne financent plus ces productions. Ça voudrait dire qu’insulter un noir et toute une population en fonction de sa peau c’est moins grave que d’insulter la politique militaire qu’un état terroriste comme Israël. Si j’avais dit «c’est un voleur, c’est normal parce que c’est un youpin» que me serait-il arrivé? C’est ces deux poids deux mesures qui agacent.

- Faire monter Robert Faurisson, un négationniste, sur scène n’est pas un acte antisémite?

- C’est un acte profondément révolutionnaire. Une oeuvre artistique majeure. Je suis dans le courant artistique du caniveau, comme le rap. Ce personnage conteste également l’existence de l’île de Gorée. Cette maison des esclaves est un pan majeur de l’histoire de la traite négrière. Ça n’a pas été livré de cette manière par les médias. Même si je ne partage pas ses opinions, étant attaché à la liberté d’expression, je lui remets un prix.


- Vous n’avez pas l’impression d’être un usurpateur de mauvaises consciences?

- Peut-être. Cependant, entre les chambres à gaz et Gorée, il y a hypertrophie autour d’une seule souffrance qui est mise en scène de manière obscène.

- Dans son tract distribué, la Cicad affirme également que Le Pen est le parrain de votre fille.

- C’est faux. Comme avec Faurisson, c’est un coup médiatique pour que l’on parle de mon spectacle. En fait, je préfère parler avec le front national qu’avec SOS racisme. D’un côté, je vais voir les racistes pour tenter de les convaincre de ne pas l’être. De l’autre, je vois une association qui ne saurait exister sans le racisme.

- Dans votre spectacle, est-ce l’homme politique ou le comédien qui est acclamé?

- Je ne sais pas si c’est le politique qui fait le spectacle ou le comique qui fait de la politique. Je sers une parole qui n’est pas représentée. Parole issue d’une autre civilisation que celle dominante.

- Vous y dénoncez également les exactions commises sur les pygmées camerounais. Est-ce pour vous essentiel de renseigner votre public sur ce qui se passe dans le monde, mais qui est tu par les médias?

- La scène peut éduquer les gens. Et des gens éduqué résistent mieux. Il s’agit de résister et de redonner sa dignité à la population qui a trop longtemps été maintenue dans un esclavage mental et physique. Il faut mourir avec un minimum de dignité! La résistance du Hezbollah ou du Hamas doit nous servir d’exemple, nous inspirer. Ça a manqué au peuple amérindien qui a été exterminé par les Américains.

- Les choses peuvent-elle changer avec Obama?

- C’est le nouveau «nègre de maison». La nouvelle imposture de l’après 11 septembre.

- Et si vous aviez été le premier président français de couleur a être élu (ndlr: Il s’est présenté aux élections présidentielles françaises de 2007), quelles auraient été vos premières décisions?

- Je libère l’Afrique. Redécoupage des frontières de l’Afrique et libération de leur marché du pouvoir occidental. J’achèterai leur production au vrai prix. Celui qui représente actuellement dignement le continent, c’est Kadhafi. Il est l’avenir de l’Afrique. Et les pygmées, les derniers gardiens du temple.