Genève

17 octobre 2019 18:47; Act: 17.10.2019 18:56 Print

Suicide «au sac plastique» pour respecter la loi?

par David Ramseyer - La justice a confirmé la culpabilité du vice-président d'Exit, qui avait aidé une aînée en bonne santé à mourir. Un appel est en vue.

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(Photo: dra)

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«Peut-être la prochaine fois utiliserai-je un sac plastique pour aider quelqu'un à décéder, plutôt qu'un produit médicamenteux, puisqu'on m'a jugé coupable d'infraction à la Loi fédérale sur les médicaments». Provocation de la part du vice-président d'Exit en Suisse romande? Difficile à dire. Ce jeudi, la justice genevoise a en tout cas confirmé la condamnation par ordonnance pénale de Pierre Beck à 120 jours-amende avec sursis. En 2017, le dirigeant de l’association d'aide au suicide avait prescrit une dose létale à C., 86 ans, qui, malgré son bon état de santé, souhaitait s'en aller en même temps que son mari en fin de vie.

Acte «altruiste», mais...

La justice a indiqué s'être basée sur les règles sur l'assistance au suicide de l'Académie suisse des sciences médicales applicables à l'époque des faits. Elles n'ont pas été respectées, a estimé le Tribunal de police. Celui-ci a cependant reconnu que le praticien retraité avait agi par altruisme, envers un couple fusionnel dont la décision mûrement réfléchie de partir main dans la main ne faisait pas de doute. Par contre, il a jugé que la «souffrance existentielle» de C. à l'idée de survivre à son amour de toujours, invoquée par le prévenu, n'avait «rien de concret».

Selon la justice - qui a repris l'argumentaire du Ministère public, à la grande satisfaction de ce dernier - l'accusé a donc agi par anticipation et par conviction, en sachant pertinemment qu'il ne respectait pas les critères d'Exit. Le tout, sans solliciter d'avis extérieurs. Ce qu'a admis Pierre Beck: «J'ai fait cavalier seul et je le regrette».

Défenseur du médecin, Me Yves Grandjean a de son côté considéré que le jugement n'avait pas pris en compte la souffrance de C. «Mon client aurait pu laisser cette femme se suicider violemment - comme elle avait menacé de le faire - et, tel Ponce Pilate, s'en laver les mains. Mais non: il a agi au plus près de sa conscience.» Aujourd'hui, la Cour européenne et le Tribunal Fédéral reconnaissent le droit de choisir sa mort, a poursuivi l'avocat, qui devrait faire appel: «Au regard de législation actuelle, Pierre Beck doit être innocenté».