Genève

14 février 2019 07:01; Act: 14.02.2019 08:22 Print

«Pas jouer aux cowboys, mais juste se protéger»

par David Ramseyer - Chargé de la sécurité, le conseiller d'Etat Mauro Poggia veut armer les policiers municipaux. Leur syndicat applaudit. Pas les communes.

storybild

(Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)

Sur ce sujet
Une faute?

«Les criminels ne font pas la différence entre un policier municipal et un policier cantonal». Fort de ce constat, Damien Menetrey, président du syndicat des polices municipales genevoises (SPMG), se félicite de la volonté du conseiller d'Etat Mauro Poggia d'armer ces dernières, à terme. Dans une interview accordée à «20 Minutes», vendredi passé, le magistrat MCG a jugé cette mesure «nécessaire», notamment pour pallier au sous-effectif des services de sécurité du canton et pour mieux se coordonner avec eux.

Nouvelle formation demandée

«On ne veut pas jouer aux cowboys. On veut juste avoir la possibilité de se protéger, et de protéger les citoyens», insiste Damien Menetrey. Il relève aussi que ses collègues suisses sont tous armés: «Ici, si on tombe sur une agression en cours, nous ne pouvons pas intervenir et nous devons appeler nos collègues du canton. C'est absurde!». Le président du SPMG prévient, cependant: avant de mettre un pistolet dans les mains d'un agent municipal, il devra suivre une nouvelle formation, afin d'obtenir le brevet fédéral de police. «Cela nous offrira aussi une meilleure mobilité professionnelle, puisque nous pourrons alors exercer dans tout le pays.»
Selon nos sources, la question d'armer les agents municipaux ne fait pas l'unanimité parmi ces derniers.

La mesure ne soulève en tous cas pas l'enthousiasme au sein de l'Union du personnel du corps de police cantonal. Son président Marc Baudat relève que «nos missions et nos formations ne sont pas les mêmes que celles de nos confrères dans les communes». Les équiper de pistolets ne va rien changer, selon lui. Il estime qu'aujourd'hui, la priorité est plutôt d'éclaircir les rôles de chacun, «car il y a actuellement une certaine confusion des tâches, notamment en matière de contrôles routiers ou de police de proximité».

A l'étude au Grand Conseil

L’association des communes genevoises (ACG), elle, s'oppose clairement aux plans du conseiller d'Etat Maurio Poggia. «Nos forces de l'ordre ont avant tout un rôle de proximité. L'enjeu n'est pas le même que pour les policiers cantonaux, énonce Xavier Magnin, président de l'ACG. Chaque corps, dont la formation est bien spécifique, doit respecter sa mission, sinon le message n'est pas clair pour la population.»

Egalement conseiller administratif à Plan-Les-Ouates, dont des agents ont récemment essuyé des tirs après un braquage, l'élu estime que ces derniers «n'auraient de toute façon pas pu faire usage de leur arme, s'ils en avaient eu une, car la loi ne l'aurait pas permis dans ces circonstances». Xavier Magnin ajoute enfin que les polices des communes n'ont pas à combler le manque de personnel au niveau du Canton.

La question du port d'armes fait l'objet d'études au sein de la commission judiciaire et de la police du Grand Conseil. Mais une éventuelle décision ne devrait pas intervenir avant plusieurs mois.