«Gilets jaunes» à Genève

20 février 2019 19:38; Act: 21.02.2019 11:29 Print

«Pourquoi exporter leurs problèmes chez nous?»

par Lucie Fehlbaum - Six cents «Gilets jaunes» ont dénoncé mercredi devant l'ONU les violences policières en France. Et une ribambelle d'autres soucis.

Les participants réagissent en vidéo.Vidéo: Maria Pineiro/lfe
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Le grand rendez-vous des confusions. Difficile de qualifier autrement la manifestation des gilets jaunes, venus de France investir la Place des Nations mercredi, de 10h à midi. Ils étaient environ 600, sur les 4000 à avoir répondu présent à l'appel lancé sur les réseaux sociaux par Nicolas Mollier, 30 ans. Cet habitant d'Albertville (Savoie), habitué du mouvement dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, avait invité sur Facebook ses camarades de revendication à se rejoindre devant l'ONU. Leur but: dénoncer les violences policières en France.

Problèmes étrangers

La foule était moins dense que prévu, mais le nombre de revendications semblait infini. Tous s'accordent sur l'importance des droits fondamentaux élémentaires: manifester sans craindre la répression, critiquer le gouvernement sans être inquiété. Mais le reste des exigences des manifestants forment une vaste nébuleuse, à commencer par la raison de leur présence à Genève.

Pour Sarah, militante, le mouvement doit «être reçu à l'ONU. Kofi Annan doit nous entendre (ndlr: l'ancien secrétaire général des Nations Unies est décédé en août). Nous formons un peuple solidaire.» Pour Jean, en revanche, «l'ONU c'est de la daube. C'est le temple du mensonge». Ce jeune homme est venu en Suisse «parce que c'est un pays neutre où l'on ne tire pas sur les manifestants». Un groupe de gilets jaunes a affirmé se trouver Place des Nations «parce que c'est le seul endroit où l'on a le droit de manifester à Genève», ce qui est évidemment faux.

Leur présence étonnait aussi les spectateurs genevois. «Je ne comprends pas trop pourquoi ils exportent leurs problèmes ici. L'Etat va les recevoir? Et après, quoi? On va se mêler des problèmes jusqu'au Bénin?», s'inquiétait Georges.

Manger du pâté pour chien

Les manifestants ont rivalisé d'inventivité pour bricoler des calicots aux messages incendiaires. «Macron dissout les gilets jaunes dans le sang!» a notamment côtoyé le «Vivre en France coûte un bras, se plaindre coûte un œil!». «Il y a du Zyklon B à l'intérieur des balles que la police utilise pour tirer sur la foule. C'est une priorité absolue d'examiner leur armement», tempêtait Janine. Pour une retraitée du Var, l'urgence est alimentaire: «Des centaines de français mangent du pâté pour chien parce qu'ils n'ont plus rien. Cela doit cesser immédiatement! » Henri, lui estime que «l'État doit verser 2000 euros à tous les français plutôt que des pensions aux politiciens». Mais sa voisine, Julie, est «contre le capitalisme. Tout le capitalisme en entier».

Venu de Bordeaux, un couple avait à cœur de dénoncer une machination politique. «Macron a fait semblant d'être apolitique mais depuis le départ c'est un militant de gauche déguisé. Les médias le savaient et ont joué le jeu pour élire un président de leur bord politique.»

Ordre et propreté

Pour Rosa, une Genevoise d'une septantaine d'années qui tentait de traverser la place, «l'essentiel c'est qu'il n'y ait pas de violence». Et sur ce point, les gilets jaunes ont tenu leur promesse. Aucun débordement, à peine un petit feu d'artifice. Les gilets jaunes sont repartis dans le calme. Et bien que l'écologie ne fasse pas partie de leurs revendications, ils n'ont laissé ni déchet ni mégot derrière eux.

(lfe)