Genève

28 février 2019 13:29; Act: 28.02.2019 16:49 Print

Absence de gouvernance pointée aux RH de Lancy

Des manques ont été constatés par la Cour des comptes dans la gestion des ressources humaines de la commune de Lancy, 3e ville du canton.

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François Paychère, président de la Cour des comptes. (Photo: Keystone/Martial Trezzini)

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La Cour des comptes du canton de Genève s'est penchée sur la gestion des ressources humaines (RH) de la Ville de Lancy. Elle relève une absence de gouvernance RH «pas acceptable pour une commune de cette taille». Lancy accepte les 13 recommandations de la Cour, mais estime que ses constats manquent de nuances.

Pourquoi Lancy? «La Cour a procédé par autosaisine en fonction d'un certain nombre de paramètres», a expliqué jeudi devant la presse François Paychère, président de la Cour des comptes. Avec 32'000 habitants, la ville est la troisième du canton derrière Vernier.

«Plus une commune champêtre»

A l'aube de changements importants, «ce n'est plus une commune champêtre», relève-t-il. Elle compte 250 employés communaux et des charges de personnel pour 28 millions.

Outre des entretiens avec les autorités, les informations ont été récoltées par le biais d'un questionnaire envoyé à tous les collaborateurs. Le taux de réponse de 65% est considéré comme représentatif.

Pas de tableau de bord

Parmi les points sur lesquels des progrès sont à faire, la Cour souligne tout d'abord une absence de documents et d'outils de pilotage. Il n'existe notamment aucun tableau de bord permettant d'avoir une vision de la situation (taux d'absence et de rotation, évolution des charges du personnel). La Cour préconise qu'un cadre général soit posé, précisant les valeurs et objectifs de la commune.

Une analyse des besoins actuels et futurs a bel et bien été établie pour la première fois en 2018. Mais les résultats ne sont pas suffisamment clairs. La démarche doit être développée, a souligné le magistrat.

Un responsable engagé

La Cour relève avec satisfaction que la commune actuellement sous-dotée en personnel RH va procéder cette année à l'engagement d'un responsable. Actuellement, c'est la secrétaire générale qui participe à la gestion des RH ainsi que deux collaboratrices. Ces dernières pourraient se voir confier plus de tâches dans le domaine.

La Cour note également que les fonctions existantes dans la commune n'ont pas toutes fait l'objet d'une description formalisée et qu'il subsiste un flou dans les méthodes d'évaluation du personnel. D'autre part, tous les collaborateurs ne disposent pas d'un cahier des charges à jour. «Il y a un travail de rattrapage à faire», note M. Paychère.

Réponses préoccupantes

Finalement, l'institution relève qu'il n'existe pas d'organisme extérieur auquel les collaborateurs peuvent s'adresser en cas de difficultés rencontrées sur leur lieu de travail. Ce besoin a été mis en évidence dans les réponses au questionnaire.

Celles-ci montrent d'ailleurs des éléments préoccupants, observe M. Paychère: 38% des répondants indiquent qu'ils ont été témoins ou victimes de comportements inappropriés. Un terme un peu nébuleux, mais qui comprend par exemple des gestes déplacés, des paroles sexistes, précise-t-il.

«Ce taux a interloqué la commune, car nous estimons être proches de nos collaborateurs», a commenté le conseiller administratif Damien Bonfanti. «Aucun cas ne nous est remonté. Cela nous questionne. On espère qu'il y a beaucoup de témoins et peu de victimes», a ajouté son collègue Stéphane Lorenzini.

Tradition orale

Quant au rapport, la pilule semble dure à avaler pour les autorités communales. Elles reprochent un manque de nuances à la Cour, estimant notamment que la notion de documents incomplets doit être relativisée.

«Beaucoup de choses se font de manière orale à Lancy. On veut être proche des gens. On ne peut accepter de dire qu'il n'existe rien du tout», a déclaré la secrétaire générale Odile De Garrini.

A Lancy, comme ailleurs, tout n'est pas procéduré. L'engagement d'une personne devrait permettre d'y remédier. Les remarques de la Cour vont permettre d'aller de l'avant, alors que la population va s'accroître fortement, a ajouté Damien Bonfanti.

Pour le président de la Cour, «il ne s'agit pas de faire une chasse aux sorcières», mais de systématiser l'information afin qu'elle soit disponible pour tous. Les 13 recommandations émises seront mises en place d'ici fin 2020.

(ats)