Aéroport de Genève

23 mai 2019 12:26; Act: 23.05.2019 16:12 Print

Partenariat douteux avec un associé du prévenu

par Maria Pineiro - Dès 2014 , l'aéroport a financé un projet de tapis de détection. Une société administrée par l'associé du chef de la sûreté le développait.

En 2016, l'aéroport de Genève dévoilait son tapis magique dans une vidéo.
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Début 2016, l'aéroport de Genève présentait en grande pompe son «tapis magique» (voir notre vidéo ci-dessus), un dispositif permettant de détecter la présence de métal dans les chaussures de passagers. L'instrument a été élaboré dès 2014 en partenariat avec une entreprise née à l'EPFL, Sensima inspection, puis par sa filiale, Sedect SA, créée en 2015. Selon la «Tribune de Genève» de l'époque, l'aéroport visait l'acquisition de près de 40 tapis pour une somme comprise entre 700'000 et 1,1 million de francs.

Or, l'un des administrateurs de Sedect n'est autre qu'un ex-associé du chef de la sûreté de l'aéroport, placé en détention provisoire mercredi et soupçonné de corruption par le Ministère public. Mieux, à l'époque de la création de cette société, en 2015, l'administrateur et le prévenu étaient encore en affaires. En effet, entre 2012 et début 2016, les deux ont été associés au sein d'un bureau de détectives B2B investigations. Leur business: le renseignement commercial et financier, des enquêtes, des investigations, des filatures, ainsi que de l'audit et du conseil en matière de sûreté et de formation du personnel.

Cette activité s'est donc poursuivie, elle est du moins enregistrée au registre du commerce, alors même que l'un des deux associés était désormais engagé par Genève aéroport comme responsable de la sûreté.

Partenariat sous la loupe de la justice

La collusion entre les deux associés et leurs activités respectives n'est pas passée inaperçue de la Cour des comptes. Dans son rapport portant sur les liens entre le chef de la sûreté et diverses entités en affaires avec l'aéroport, les magistrats écrivent: «Un autre lien d'intérêt aurait également dû alerter la direction de Genève Aéroport (GA), à savoir l'amitié qui lie le haut cadre à un administrateur d'une autre société prestataire. Cette entreprise a été créée à la suite d'un projet financé entièrement par GA. Des questions se posent notamment sur les conditions auxquelles la propriété intellectuelle du produit dont le développement a été payé par GA a été cédée ainsi que sur d'autres clauses contractuelles liant GA à cette société. A nouveau, les informations récoltées par la cour permettent de douter fortement de la bonne défense des intérêts économiques de GA.» Ces dernières informations ont également été transmises au Ministère public, indique la Cour.

Ces doutes quant aux modalités de la collaboration entre Cointrin et Sedect sont également rapportés par une autre source qui indique que l'aéroport aurait «renoncé sans contrepartie à tous les droits de propriété intellectuelle et brevet des inventions». L'aéroport aurait par contre «droit à une redevance si du matériel est vendu». Enfin, ce témoin précise qu'une entreprise allemande s'intéresserait depuis 2018 à Sedect et à ses brevets. Un intérêt chiffré à cinq millions à condition que GA renonce à sa redevance. Une clause que l'aéroport aurait acceptée, d'après cette même source.

Tant l'aéroport que Sedect n'ont pas souhaité répondre à nos questions, au motif qu'elles pourraient entrer dans le champ d'investigation de la justice.