Genève

13 mars 2019 16:52; Act: 13.03.2019 20:16 Print

Agression de Saint-Jean: 15 et 12 ans de prison

par Jérôme Faas - Le Tribunal criminel a lourdement condamné les deux jeunes majeurs qui avaient gratuitement massacré deux hommes en janvier 2017.

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Le Tribunal criminel de Genève a condamné ce mercredi à 15 et 12 années de prison ferme les deux jeunes majeurs qui, le 7 janvier 2017, avaient gratuitement et sauvagement agressé deux inconnus rencontrés dans le quartier de Saint-Jean. Ils ont été placés en détention dès la fin de l'audience, les magistrats considérant qu'il existait un risque de fuite. Le second accusé, un Brésilien, voit sa peine assortie d'une expulsion du territoire de cinq ans, qui interviendra au terme de sa peine.

Les juges ont considéré que les deux prévenus s’étaient rendus coupables de tentatives d’assassinat. Deux pour le premier, un Suisse considéré comme le leader, un seul pour le second (les magistrats ne sont pas parvenus à établir son intention homicide à l’encontre de l'une des victimes). La circonstance aggravante de l’assassinat a été retenue car «ils n’avaient aucun mobile». Ce constat «illustre à lui seul leur absence particulière de scrupules». Ils ont agi «au mieux pour se défouler», et «une telle barbarie» déployée contre les victimes «est l’apanage des assassins».

Laissés pour morts

La nuit des faits vers une heure quinze, les deux prévenus nés en 1998 accompagnés de trois copains mineurs s'en étaient pris, sans autre raison que la volonté de se divertir, à deux trentenaires qui discutaient sur les voies couvertes de Saint-Jean. Ils avaient été attaqués à coups de poing, de pied, de batte de baseball et de casque de moto. L'un comme l'autre avaient reçu plusieurs coups dans la tête, volontairement prise pour cible par les jeunes gens. Ils avaient été laissés pour morts dans une nuit glaciale, l'un sur les lieux de l'agression initiale, l'autre devant le temple de Saint-Jean, où il avait réussi à fuir avant d'y être démoli.

Les juges ont retracé l’histoire de ce groupe constitué en 2016, qui se surnommait «les brathers» et était centré autour de la violence. Ils ont rappelé les cinq agressions préalables (dont l’une était aussi jugée ce mercredi), l’absence de réflexion de ces jeunes garçons, leur sentiment de toute-puissance. Le soir fatidique, «ils étaient prêts à n’importe quelle confrontation. Tous étaient d’accord d’aller taper. Tous savaient ce qui allait se produire», a exposé le président Vincent Fournier.

«Cynisme et arrogance»

Mais le 7 janvier, outre leurs poings et leurs pieds, ils s’arment: d’un casque et d’une batte de baseball. Le principal condamné la manie, et frappe à la tête la première victime. Avec un tel objet, «il prend nécessairement le risque de tuer», observe le juge. Le second prévenu n’échappe à cette tentative d’assassinat que parce qu’il ne peut anticiper ce premier coup et qu’il ne s’acharne pas: il prend en chasse l’autre victime. Là, aucun des deux jeunes gens ne se retient. Ils tapent à tour de rôle, dans la tête, et «chaque coup est propre à donner la mort». Que leur victime soit inanimée ne les arrête pas, seul le bruit des sirènes leur fera lâcher leur proie.

Les juges relèvent encore «le cynisme et l’arrogance» des membres du groupe après les faits, qui ont simplement «repris le cours de leur vie». Et pour preuve de leur sang-froid, les magistrats notent que quelques minutes après les faits, les deux prévenus, contrôlés par une patrouille de police, ont adopté un comportement parfaitement normal, allant jusqu’à prendre des nouvelles de l’homme dont ils venaient de détruire l’existence.

Séquelles irréversibles

Les deux victimes souffrent de séquelles irréversibles. L'une, qui vivra probablement pour toujours en milieu médicalisé, a définitivement perdu une grande partie de ses aptitudes physiques, mentales et psychiques. L'autre, à qui des parties du cerveau ont dû être ôtées, vit désormais alitée et a définitivement été privée de sa capacité de discernement.

Lors de son réquisitoire prononcé jeudi, le procureur Dario Nikolic avait requis 14 ans et 14 ans et demi de prison ferme à l'encontre des deux prévenus, pour tentative d'assassinat. Leurs trois comparses, qui n'avaient pas 18 ans à l'époque des faits, seront jugés séparément par la justice des mineurs.