Genève

13 février 2020 22:29; Act: 13.02.2020 22:29 Print

Billets contaminés à la coke: blanchiment retenu

par Léonard Boissonnas - Les sommes élevées découvertes dans un ampli de karaoké qui devait partir pour la Guinée en 2017 étaient liées à un trafic de drogue, a jugé jeudi le Tribunal de police.

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Pour le Tribunal, la quantité de cocaïne retrouvée sur les billets ne peut faire planer le doute. (Photo: Keystone/Gaetan Bally)

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Ce sont les valeurs «importantes» de contamination à la cocaïne mesurées sur les billets saisis qui ont convaincu les juges. Les 107'000 francs et 140'000 euros dissimulés dans une enceinte sur roulette provenaient d'un trafic de drogue, a déclaré jeudi la présidente du Tribunal de police de Genève, Brigitte Monti, lors du verdict de trois hommes poursuivis, entre autres, pour blanchiment. Les liasses avaient été découvertes par les douaniers de l'aéroport de Genève en janvier 2017, au moment où l'amplificateur devait être chargé dans un vol pour la Guinée. Outre les valeurs de cocaïne, le conditionnement des billets, enveloppés dans de l'aluminium et placés sous cellophane ainsi que la manière choisie pour les transporter relient l'argent à un trafic, selon les juges.

Accusé de blanchiment et de faux dans les titres, le prévenu principal, un homme de 44 ans, soutenait que les sommes saisies provenaient notamment d'un commerce de véhicules d'occasion. Mais ni ses explications ni les documents qu'il a fournis n'ont emporté l'adhésion: «Rien ne montre qu'il a encaissé les sommes», a souligné la présidente. Le Tribunal n'a pas non plus cru à la dette de 55'000 francs contractée auprès d'un des coprévenus pour expliquer une partie de l'origine des fonds saisis.

Pour le Tribunal, la reconnaissance de dette produite en mai 2017 auprès de l'Administration fédérale des douanes était un faux antidaté. Le quadragénaire a tenu un rôle «prépondérant» dans le blanchiment et sa faute est «importante», a pointé Brigitte Monti. L'homme a écopé de 15 mois de prison avec sursis avec un délai d'épreuve de trois ans. Clamant son innocence, il a indiqué vouloir faire appel: «J'irai jusqu'à Strasbourg s'il le faut», a-t-il affirmé au sortir de la salle d'audience.

Plus de 27'000 francs pour tort moral

L'un de ses coprévenus a été condamné à une peine pécuniaire de 240 jours-amende à 30 francs avec sursis et un délai d'épreuve de trois ans pour blanchiment. Sa faute est «moins importante», puisqu'il ne tenait qu'un rôle de mule, ont considéré les juges. Sa défense va réfléchir à un éventuel appel.

Le troisième accusé, lui, a été acquitté du chef de blanchiment, rien n'indiquant qu'il était au courant de la provenance de l'argent. L'homme a toutefois été condamné pour la création de la fausse reconnaissance de dette, une faute «conséquente» au regard de l'importance de ce type de document. Il a écopé de 180 jours-amende à 30 francs avec sursis, assortis d'un délai d'épreuve de trois ans pour faux dans les titres. Sa peine étant inférieure à la détention préventive et aux mesures de substitution, il se verra verser par l'Etat plus de 27'000 francs d'indemnités pour tort moral. «Il a passé 110 jours en préventive et 614 jours assigné à résidence, ce qui était manifestement trop élevé et disproportionné pour les faits reprochés», a réagi son avocate, Me Louise Steinfels.

Enfin, le Tribunal de police a ordonné le séquestre et la confiscation des fonds saisis.