Simon Brandt

19 décembre 2019 17:13; Act: 20.12.2019 09:49 Print

«À travers moi, on vise en réalité Pierre Maudet»

par Jérôme Faas - Le député, prévenu de violation du secret de fonction, n'a pas tapé dans les fichiers de la police. Il parle de cabale anti-Maudet.

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Le député et conseiller municipal Simon Brandt est le candidat PLR au Conseil administratif de la Ville de Genève. (Photo: Keystone/Jean-christophe Bott)

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«Je suis dans la quatrième dimension.» Arrêté vendredi, mis en prévention samedi pour violation du secret de fonction, le député PLR et candidat à la mairie de la Ville de Genève Simon Brandt conteste très fermement avoir accédé sans autorisation à des données de police pour les transmettre à un tiers, en l’occurrence le conseiller d’Etat Pierre Maudet. Il dispose d’un argument massue. Il a eu accès à son dossier mercredi: il y figure noir sur blanc le fait qu’il ne se serait jamais connecté au système P2K de la police depuis sa prise de fonction à la direction stratégique des forces de l’ordre, en mai 2018. Pour le politicien, c’est clair: il n’a commis aucune infraction et cette procédure «a été bâclée par la police».

Il lui est reproché deux complexes de faits. D’une part avoir fait fuiter dans la presse début décembre 2018 un rapport du contrôle financier interne portant sur les frais des fonctionnaires de la Ville de Genève, et avoir échangé à ce propos avec Pierre Maudet. D’autre part avoir transmis au conseiller d’Etat, le 26 décembre 2018 par SMS, des informations tirées du fichier de la police, le fameux P2K. C’est bien sûr ce dernier volet qui est le plus grave, mais aussi le plus troublant, au vu des explications de Simon Brandt.

Vaudeville chez les jeunes PLR

Le 12 décembre, à l’assemblée générale des jeunes PLR, une militante déclare, devant une cinquantaine de personnes, avoir été harcelée par un collègue de parti. Elle informe l’assistance avoir déposé une main courante à la police pour ces faits. Cette réunion et son contenu feront d’ailleurs l’objet d’un article dans la Tribune de Genève du 9 janvier. Simon Brandt, qui a été mis au courant par une personne qui a assisté à la soirée, en parle alors avec plusieurs membres, dont Pierre Maudet, «sur le mode: j'ai été surpris d'apprendre que». Le magistrat lui demande s’il en sait plus. Il recontacte sa connaissance, qui lui confirme que la jeune femme a déclaré avoir déposé une main courante. «Je l’ai dit à Pierre Maudet», par SMS donc, le 26 décembre.

«J’étais alors en vacances depuis une semaine, je n’avais pas mis les pieds au bureau, et je ne dispose d’aucun accès à distance.» Pour lui, c’est la fin de l’histoire: il s’est contenté de relayer un récit qui fait jaser le parti et dont il avait eu connaissance par le bouche à oreille.

Téléphone saisi 24 heures

Mais en juin 2019, à la suite d’un dépôt de plainte du Conseil administratif de la Ville, il est entendu par la police (au même titre que les conseillers municipaux Jacques Pagan, UDC, et Daniel Sormanni, MCG) à propos de la fuite du rapport sur les frais des fonctionnaires. A cette occasion, son téléphone est saisi durant 24 heures. C’est là, a-t-il compris vendredi passé, que la police (la brigade des infractions contre les personnes) tombe sur les échanges du 26 décembre. «Elle a alors fait un rapport au Ministère public, en affirmant sans autre forme de procès que j’ai transmis des informations tirées du fichier police à Pierre Maudet.»

«Ce rapport était d'intérêt public»

Simon Brandt s’offusque d’ailleurs que la police ait effectué des recherches dans son téléphone portant sur d’autres éléments que le rapport du contrôle interne, notamment l'identité de son ex-amie, «une pratique interdite». Concernant ce document, «que nous étions une cinquantaine de personnes à posséder», il explique avoir échangé de nombreux échanges SMS et oraux avec plusieurs personnes, journalistes et élus, dont Pierre Maudet. «Il m’a notamment demandé quand il allait sortir, sous quelle forme et dans quel média, et je lui ai répondu. Je confirme en avoir parlé avec des journalistes, ce que je n'ai jamais caché. De toute manière j’étais dans mon rôle et je l’assume. Ce rapport était d’intérêt public, le préposé cantonal à la protection des données et à la transparence l’a confirmé en novembre. J’en ai même parlé sur Léman Bleu et Radio Lac. Si la justice décide de poursuivre un élu pour cela, c'est juste surréaliste. Quant à Pierre Maudet, je n’ai pas besoin qu'il me dise ce qui est mon devoir d'élu.»

«Certains policiers visent Pierre Maudet»

Simon Brandt assure qu’aucun autre élément ne figure dans son dossier. «J’étais scandalisé lorsque je l'ai lu au vu de la faiblesse de celui-ci par rapport à la brutalité de mon interpellation.» La conviction du député est faite. «Je suis absolument certain qu’à travers moi, certains policiers visent en réalité Pierre Maudet. L’audition de police n’a presque porté que sur lui, on m’a posé mille questions à son propos, alors que j’ai envoyé des SMS sur les mêmes sujets à plusieurs autres personnes.»

Il constate ainsi amèrement que la présence de Pierre Maudet empêche, aujourd’hui, de faire de la politique quand on est au PLR. «Pierre Maudet est devenu un trou noir. C’est injuste, mais dès que votre nom est associé à lui, vous êtes aspiré dans ce trou noir.»

«Je suis toujours debout»

Le député ne sait pas, à ce jour, quelle suite va être donnée à l’affaire. Il dénonce à nouveau «une enquête de police bâclée», alors «qu’il aurait suffi d’un entretien de service pour tout éclaircir. Mais le nom de Pierre Maudet fait tourner les têtes.» Toujours candidat à la mairie, confirmé par son parti devant lequel il s’est expliqué dimanche soir, il avoue néanmoins que «cela ne sera pas sans conséquences mais alors que tout le monde me disait fragile, je suis toujours debout, combatif et bien déterminé à conquérir un siège au Conseil administratif pour le PLR.»