Votations du 10 février (GE)

10 février 2019 17:48; Act: 10.02.2019 18:50 Print

Comme Vaud, Genève dit non à l’assurance dentaire

par Jérôme Faas - L’initiative pour le remboursement des soins dentaires n’a pas séduit le bout du lac: elle y a récolté 54,76% de non.

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Le prochain canton qui votera sur une assurance dentaire obligatoire sera celui de Neuchâtel. (Photo: iStock/Skynesher)

Une faute?

Deuxième essai, deuxième échec. Comme les Vaudois en mars 2018, les Genevois ont refusé de créer une assurance obligatoire pour les soins dentaires de base. Malgré le soutien de toute la gauche, l’initiative du Parti du Travail a été rejetée à 54,76%. L’an passé, le texte vaudois, porté par le POP et SolidaritéS, avait été torpillé par 57,57% des votants.

La gauche n'abdique pas

Les perdants, comme Quentin Stauffer (PdT) soulignent «les moyens considérables» engagés par la droite et les dentistes, selon lui «apeurés de devoir faire preuve de transparence». Mais le score en hausse le réjouit. «Cette évolution, c'est une victoire. Le prochain pas, ce sera peut-être à Neuchâtel (ndlr: prochain canton à voter sur une initiative similaire), pour ouvrir la brèche». Président du PS, Gérard Deshusses juge aussi le score «encourageant. L'opposition a été farouche car elle a bien vu que sur Vaud, les initiants avaient été proches de gagner. Il faut bien sûr remettre l'ouvrage sur le métier. En Suisse, rien ne passe en une fois et il n'y a aucune raison que les frais dentaires ne soient pas pris en charge.» La Verte Marjorie de Chastonay positive. «Cela ne clôt pas le sujet, ça l'ouvre: sur les soins dentaires, les seuls à ne pas être remboursés; sur la classe moyenne, qui commence à saturer. C’est le début d’un grand débat sur la santé.»

La peur des factures

A droite, on explique la victoire par la peur de coûts en plus. «On est déjà tous étranglés, dit Ana Roch, la présidente du MCG. Une assurance dentaire, c'est bien joli, mais qui va payer?» Elle remarque aussi le flou de l'objet. «Personne ne savait exactement ce qui allait être remboursé. Il y avait trop de questions sans réponses.» Pour Eric Bertinat, secrétaire général de l'UDC, «la population est désabusée, l'influence des partis est irrégulière. Elle ne croit plus aux solutions miracle. Son souci premier, c’est payer ses factures. On est pris dans un mal-vivre, les Genevois n'ont plus confiance.» «Les gens ont développé une espèce d’angoisse face aux assurances, estime aussi Vincent Maitre, patron du PDC. Là, c’était une fausse bonne idée, hors de prix. La priorité, c’est de réformer la Lamal.» Car pour ce qui est du sujet dentaire, il est classé «pour un moment», pense Alexandre de Senarclens, chef du PLR. «Je ne crois pas que ce soit la préoccupation première des Genevois.»

Les idées des dentistes

Présidente des dentistes, Martine Riesen fait part de son soulagement et salue ce résultat, qui «valide le système actuel. Les gens ont compris qu'on essayait de leur faire signer un chèque en blanc.» Mais sa pensée va immédiatement aux 45% de Genevois qui ont voté oui. «Cela m'inquiète. Nous devons intégrer ces gens au système. Il y a plein d'idées. Nous aimerions revenir vers les autorités et leur redemander des actions ciblées, refusées par le passé pour des questions budgétaires. Je pense à des actions de prévention dans les EMS, pour les aînés. Nous pourrions aussi mettre en route quelque chose sur le modèle de l'assistance juridique, en nous basant sur le revenu déterminant unifié.»

La clinique universitaire, une solution?

Sur ce point, Mauro Poggia, conseiller d’Etat MCG chargé de la Santé, paraît en phase. «Ceux qui ont voté oui considèrent la situation insatisfaisante. C'est un peu simple de leur dire: vous n'avez qu'à vous brosser les dents. En terme de santé bucco-dentaire, on n'est pas tous égaux. Comment répondre, alors? Il y a la prévention, certes, mais peut-être devrions-nous aussi examiner comment assouplir les critères d’admission à la clinique dentaire universitaire. Peut-être faut-il mettre davantage cette structure à disposition de la population.»