Genève

06 novembre 2019 15:57; Act: 07.11.2019 07:03 Print

Début du procès de trois militants antispécistes

Deux hommes et une femme sont jugés mercredi pour des délits et actes de dégradation visant des boucheries, des abattoirs ou encore des restaurants.

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La salle était comble à l'ouverture du procès. (Photo: Keystone)

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Le procès de trois militants antispécistes s'est ouvert mercredi devant le Tribunal de police de Genève. L'un d'eux, notamment accusé d'avoir caillassé des vitrines de boucheries, a passé onze mois en détention préventive.

Libéré récemment sur décision du Tribunal fédéral, le prévenu, âgé de 28 ans et condamné cinq fois par le passé, est jugé avec une femme de 22 ans, considérée comme coauteur des actes. Un troisième militant de 21 ans est à leurs côtés, car il a fait appel de sa condamnation pour l'occupation d'un abattoir dans le canton de Soleure et le dessin d'un tag dans un établissement genevois.

Le procès a débuté avec une série de questions préjudicielles soulevées par Olivier Peter, avocat du principal prévenu. La salle était comble. Outre les nombreuses parties plaignantes, de nombreux militants antispécistes étaient là pour soutenir leurs camarades.

«Pièces illégales»

Pour Me Peter, l'instruction n'a pas été faite dans les règles. Des preuves sont donc illicites et ne peuvent être retenues. «A Genève, certains policiers ont décidé qu'ils peuvent mener des actes d'enquête sans mandat du Ministère public», a-t-il indiqué. Et de souligner qu'un des instructeurs de police a été condamné pour faux dans les titres dans une autre affaire.

Relevant que la Cour européenne des droits de l'homme a conclu qu'une procédure est inéquitable si elle présente un ensemble de vices, il a invité le tribunal à classer la plainte et à indemniser son client pour la durée de son incarcération. Après plus de deux heures, le tribunal a refusé ses questions préjudicielles, tout en écartant certaines pièces et témoignages de la procédure.

Vitrines brisées

Sans transition et sans pause, la juge a procédé en début d'après-midi à l'audition des prévenus, cas par cas. Ceux accusés d'avoir commis les délits conjointement entre janvier et novembre 2018 ont contesté la plupart des faits, l'homme ne souhaitant pas répondre aux questions du procureur.

L'acte d'accusation retient des dommages à la propriété envers des commerces - boucheries, restaurants et fourreur. Il est reproché aux deux militants d'avoir caillassé à deux reprises la vitrine d'une boucherie du centre-ville. Le coût de la remise en état a presque entièrement été pris en charge par les assurances, a expliqué le responsable. Des autocollants «Antispéciste» avaient aussi été collés. «On en a même gardé un ou deux», a-t-il plaisanté.

«Solidarité avec les animaux»

Ils sont encore poursuivis pour avoir pénétré par effraction et mis à sac un abattoir de volaille genevois. Les trois prévenus ont aussi participé à l'occupation des abattoirs Bell à Oensingen (SO) avec une centaine d'antispécistes. Ils ont reconnu avoir pris part à cette action mais pas d'avoir commis des infractions. «J'étais là par solidarité avec les animaux», a dit la jeune femme.

Interrogé par son avocate, Laïla Batou, sur cette action politique, le prévenu à avoir fait appel a expliqué qu'il milite pour le droit des animaux, exploités de manière «démentielle» et injustement mis à mort. Selon lui, les images d'abattoirs sont cachées, car elles choquent la population.

Les trois prévenus ont déclaré avoir été victimes de violences policières lors de cette action. Me Peter a invité le tribunal à dénoncer les faits à l'autorité compétente. Le procès se poursuit jusqu'à jeudi. Les prévenus risquent jusqu'à deux ans de prison.

(nxp/ats)