Environnement

09 novembre 2019 17:45; Act: 10.11.2019 14:50 Print

Genevois en colère: «Aux arbres citoyens!»

par Léonard Boissonnas - Des manifestants ont demandé aux autorités genevoises de ne pas sacrifier les arbres sur l'autel du développement.

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Les manifestants sont prêts à mener de nouveaux combats pour sauver les arbres menacés par des chantiers.

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«On est là pour défendre les arbres! On est là pour donner de la voix, car eux n’en ont pas!» Ce samedi, environ 300 personnes ont manifesté dans la cité de Calvin pour dire stop aux abattages de feuillus et au bétonnage. Elles répondaient à l’appel de l’association citoyenne Sauvegarde Genève. Pour rappel, le sujet est devenu brûlant au bout du lac, où de récents projets de démolitions de bâtiments historiques et d'abattages d'arbres ont défrayé la chronique, comme dans le quartier des Allières, en août ou au chemin de la Chevillarde, à Chêne-Bougeries.

Arrêter le massacre

«Il faut arrêter le massacre, a martelé Jérôme Fontana, membre de l’association et président des Vert’libéraux de la Ville de Genève. On nous annonce 100 millions pour le climat, mais 100 millions, ça ne sert à rien dans un désert. Genève doit être un jardin, pas une jungle de béton. Défendre nos arbres, c’est défendre notre avenir.»

Parmi la foule, beaucoup de personnes d’un certain âge, mais aussi des familles, des membres de partis politiques de tous bords, et quelques jeunes, plus rares. «Touche pas à mon chêne Pinchat-Veyrier», «les Allières plus jamais ça», pouvait-on lire, entres autres, sur les pancartes des participants.

Le défilé est parti vers 14h de l’Ile Rousseau pour emprunter ensuite les Rues-Basses avant de se terminer sous les arbres de la promenade de la Treille, où, entre vin chaud et discours d’usage, certains ont apposé des cartes avec un prénom sur les arbres pour les personnaliser.

«Ils construisent faux»

«Je comprends mal comment on laisse faire ce débordement de constructions, déclare une sympathisante de l’association. L’économie prime, c’est dommage. Il faut penser à un autre type de société, c’est peut-être trop tard, mais il faut essayer.» «Je suis venue, car je suis sensibilisée depuis toujours au patrimoine, et donc à la verdure alentours», explique une collégienne, qui a fait un travail de mémoire sur la démolition des demeures genevoises du XIXe siècle. Evoquant notamment la destruction de l’Hôtel du Noble exercice du jeu de l’arc, aux Allières, elle estime que les autorités font erreur: «Il ne faut pas démolir ce genre d’endroits, dit-elle. Il faut des logements, mais ils construisent faux.»

«Je suis outré»

«Je suis outré de voir le nombre d’arbres en bonne santé qui sont coupés, s’insurge un quinquagénaire. Qu’on coupe un arbre malade, je comprends, mais là, l’intensité des abattages est étonnante et extrêmement troublante. Les gens dans les quartiers se sont mobilisés, mais on les écoute pas», déplore-t-il. «Il faut revoir les Plans localisés de quartier, car ils datent parfois d’il y a 20 ans, la sensibilité était différente, estime Christina Meissner, députée PDC. Il faut avoir le courage de les changer.» Les abattages ont des conséquences néfastes, explique-t-elle : «Ces arbres ne sont pas que des individus. Des recherches ont montré qu’ils sont aussi des réseaux, qui apportent de la fertilité aux sols. Sans eux, on n’est rien.»

«Dans la mauvaise direction»

«On a abattu 6600 arbres en 2018, selon un chiffre du Conseil d’Etat, explique Jean Hertzschuch, président de Sauvegarde Genève. Cela veut dire qu’on est parti dans la mauvaise direction. On doit revoir le développement du canton pour privilégier la nature et l’homme. Aujourd’hui, on privilégie le bétonnage, ce n’est pas ce que la population veut.» Certains arbres abattus sont certes malades, «mais c’est une minorité», selon Jean Hertzschuch: «A Confignon, par exemple, on a voulu couper 100 arbres, relate-t-il. Les citoyens se sont mobilisés et ont demandé une contre-expertise. Il n’y avait qu’un seul arbre malade!»

«Nous devons avoir un développement plus équilibré avec de la nature et des arbres, poursuit-il. En Ville de Genève, nous avons obtenu un moratoire sur les abattages, nous voulons la même chose au niveau cantonal.» Sauvegarde Genève va par ailleurs remettre aux autorités une pétition «Pour un centre et une cité vraiment verts-changeons Genève », qui a récolté 7500 signatures.