Genève

16 juillet 2014 22:47; Act: 17.07.2014 07:32 Print

Des appartements de luxe inquiètent les filles de joie

par Julien Culet - Une association de travailleuses du sexe s'oppose à la rénovation d'un immeuble des Pâquis. Elle craint que les transformations luxueuses poussent les prostituées hors du quartier.

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Le bâtiment est entouré des rues de-Monthoux, Alfred-Vincent, Pellegrino-Rossi et Charles-Cusin. (Photo: jcu)

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«Selon les classes de population qui vont s'installer dans cet immeuble, il y a un vrai risque qu'elles ne soient pas favorables à la présence de travailleuses du sexe.» Michel-Felix de Vidas, porte-parole d'Aspasie, justifie le recours formulé par l'association de défense des prostituées contre une surélévation aux Pâquis.

C'est un ancien bâtiment de Swisscom qui est concerné par l'opposition. Il occupe un bloc entre les rues de Monthoux et Pellegrino-Rossi. Actuellement tapissé de catelles, avec de petites fenêtres semblables à des meurtrières, il doit être entièrement rénové et rehaussé. Il accueillera ensuite une quarantaine d'appartements vendus par lots, en PPE (propriété par étages). C'est ce point-là qui soulève l'inquiétude d'Aspasie, qui a joint sa voix à l'association Survivre aux Pâquis (Survap).

Prostituées repoussées hors du centre

Pour cette dernière, la rénovation luxueuse participe à un phénomène de gentrification, de déplacement des classes populaires en dehors du quartier. Avec l'arrivée de propriétaires aisés, il y aurait ainsi un risque pour la prostitution aux Pâquis, selon Aspasie. «Les travailleuses du sexe pourraient être précarisées et repoussées à l'extérieur de la ville, comme on a pu l'observer à Zurich par exemple», craint Michel-Felix de Vidas.

Le département du logement nie toute volonté de l'Etat de faire partir les travailleuses du sexe du quartier. «Il n'est nullement dans notre intention de faire sortir les prostituées en dehors des Pâquis, indique le DALE. Le Conseil d'Etat a par ailleurs validé ce périmètre comme secteur accueillant cette activité.»

La Ville découvre deux appartements

La Survap s'étonne qu'un tel projet, «ne répondant pas aux besoins en matière de logement des Genevois», ait pu obtenir l'aval de l'Etat. «Il s’agit d’un immeuble administratif à la base, de sorte que la Loi sur les démolitions, transformations et rénovations (LDTR) ne s’applique pas», explique le DALE. Les autorités pouvaient se prononcer uniquement sur la surélévation et l'architecture du bâtiment; elles ne pouvaient pas imposer un genre de logement. Ce qu'elles n'auraient pas forcément fait, du reste, car le département dit ne pas être opposé à ce type d’opérations, qui produisent quel que soit leur genre, des nouveaux logements dont le canton manque cruellement. Par ailleurs, ces constructions sont de nature à introduire une certaine mixité sociale dans un quartier populaire comme les Pâquis.

Le promoteur affirme de son côté, dans la «Tribune de Genève», que l'immeuble n'abrite que «quelques bureaux et commerces». Ce point est contesté par Survivre aux Pâquis, qui affirme qu'il y a deux appartements. Il ne serait donc plus considéré comme étant administratif et serait bien soumis à la LDTR. Responsable des constructions pour la Ville, Rémy Pagani avait délivré un préavis positif. «Mes services ont depuis découvert des plans sur lesquels figurent bien deux logements. Je m'étais donc prononcé par rapport à des dessins qui ne ressemblent apparemment pas à la réalité.» Sollicité par la Survap pour entamer une procédure de conciliation, le conseiller administratif va prochainement convoquer toutes les parties.