Genève

10 septembre 2014 23:03; Act: 11.09.2014 17:34 Print

Des chaises et des bières contre les nuits corsetées

par Jérôme Faas - Quelque 150 personnes ont «manifesté» mercredi soir à la rue de l'Ecole-de-Médecine. Elles protestaient contre les nouvelles mesures destinées à combattre le bruit.

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Les autorités voulaient vider les trottoirs. Pour ce mercredi soir au moins, c’est raté… «Raboule ta chaise», l’événement lancé sur Facebook par «Jonas Andco» en début de semaine, a réuni une soixantaine de participants à 21h à la rue de l’Ecole-de-Médecine. Une demi-heure après, ils étaient plus de 150, bière à la main, postés en bordure du bar Le Kraken, un tiers assis sur du mobilier de fortune, le reste à même le sol. Avec une doléance principale: Genève se meurt la nuit.

Depuis le début du mois, les bars de la rue estudiantine interdisent de boire en terrasse sans place assise, afin de satisfaire les velléités anti-nuisances sonores de la Ville de Genève et du Service du commerce. La mesure a mis en branle «Jonas Andco». «J’ai fait ça aujourd’hui parce que ça suffit. En tant que citoyen, j’ai trouvé que c’était assez.» Cet éducateur de 32 ans explique avoir agi à titre personnel, heurté par la tournure que prennent les nuits du bout du lac. «Je fais partie d’une génération qui a vu fermer les bars et les squats un à un. C’est bizarre, pour moi, qu’aujourd’hui il faille faire la queue à l’Usine. Franchement, je plains les 18-22 ans.»

«Ils ont fermé Artamis sans compenser»

Pour lui, comme pour les jeunes gens qui éclusent leurs bières sous la surveillance bienveillante de la police municipale, le problème n’est pas la rue de l’Ecole-de-Médecine mais bien la pénurie de lieux bon marché et conviviaux pour sortir. «Ils ont fermé Artamis sans compenser, analyse Karim, un employé de 29 ans. Pour sortir, depuis, c’est soit ici, soit à Carouge, à la rue Vautier. Donc, évidemment, ça crée des nuisances. C’est le serpent qui se mord la queue.» «Jonas Andco» ne dit pas autre chose: «Si l’offre était plus large, l’engorgement serait moindre, les fêtards mieux répartis.»

«On ne veut pas aller au java avec des pétasses»

La rue de l’Ecole-de-Médecine, la rue Vautier, l’Usine, et c’est tout. Pour résumer à gros traits, la jeunesse qui fuit les boîtes de nuit et le m’as-tu-vu ne dispose que d’un choix restreint. «Nous, on veut plus de lieux, expliquent Divine et Lauriane, 20 et 24 ans, étudiante et employée. L’Ecole-de-Médecine, c’est assez mythique, c’est un lieu de rencontre. On comprend les riverains, mais qu’ils descendent dans la rue pour la vivre comme nous. Nous, on ne veut pas aller au Java ou au Bypass avec des pétasses. On veut des endroits où on peut aller en jeans-baskets.»

«On nous dit d'aller ailleurs. Oui, mais où?»

Les dancings sont trop chers, remarque à son tour Alexis, étudiant de 19 ans. «Ici, il y a de la vie. Les nuisances sonores, quand on vit ici, il faut s’y préparer. C’est dommage d’essayer de brider cette rue. Ne servir que les clients assis? Le risque, c’est que les gens apportent leur propre alcool. Les autorités disent qu’il faut aller ailleurs. Oui, mais où?»

Paris, Berlin, Londres...

«Ca marche à Lausanne, ça marche à Zurich, pourquoi pas ici?», interroge Karim. «Jonas Andco» se montre également dubitatif. «Je suis troublé. Les politiciens disent vouloir porter Genève très haut sur la scène internationale mais ne réussissent pas à imaginer une vie nocturne. Paris, Berlin, Londres, Madrid, Barcelone: toutes ces villes sont animées la nuit.»

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Les commentaires les plus populaires

  • Une personne qui fait les 3x8 le 10.09.2014 23:48 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Le droit de dormir

    Je ne suis pas d'accord, la liberté des uns s'arrête où celle des autres commence.

  • ced ammard le 11.09.2014 01:43 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Oui mais..

    Je suis bien d'accord on veut pas aller au Java, j'en fait partie et j'ai envie d'avoir des endroits ou se reunir ac mes potes... mais faut bien comprendre que c'est dur pour les riverains, des fois on abuse et on pense pas a ceux qui voudraient juste rester trankil a 10m en dessus de nos têtes... il manque un quartier comme le flon a lausanne a gva... alors en rajouter encore plus comme ça ne sert a rien a part nous faire passer pour des br*nleurs provocateurs.

  • Jean Phil le 11.09.2014 04:46 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Non merci!

    Cher Jonas, le problème c'est que vous en voulez toujours plus ! On vous donne la rue et vous vous prenez les habitants en otage avec vos discussions bruyantes jusqu'au bout de la nuit. Vous voulez faire la fête dans les rues? Très bien mais apprenez en premier le respect des gens qui paient un loyer et qui aimeraient pouvoir dormir tranquille la nuit sans se faire réveiller à 3 heures du matin (comme maintenant) parce que des gens comme vous ont décidé de boire et de chanter sous mes fenêtres. alors je dis bravo à nos politiciens et je retourne dormir.

Les derniers commentaires

  • Furax le 11.09.2014 22:04 Report dénoncer ce commentaire

    Action réaction

    Il serait temps que les voisins décident eux aussi de faire des soirées à thème. Exemple; soirées arrosées, et ceci avec des seaux d' eau ou autres récipients. A défaut de pouvoir dormir, autant qu ils s' amusent eux aussi!

  • Nicolas le 11.09.2014 17:19 Report dénoncer ce commentaire

    Oui, s'il-vous-plaît!

    @Jean-Phil : Il ne s'agit certainement pas de prendre le voisinage en otage ni d'investir la rue pour y faire constamment la fête. Si jeunes et moins jeunes s'y retrouvent, c'est bien parce que les lieux appelés d'ordinaire à accueillir ces bruyantes rencontres ont disparu sans être remplacés. Quant à votre argument du droit au sommeil, tout fondé qu'il soit, prime-t-il sur le mien à profiter d'un espace que les mêmes politiciens que vous félicitez, destinaient à être un lieu de vie estudiantine, par définition animé et bruyant ? PS : je paie un loyer.

  • Leonard L. le 11.09.2014 16:47 Report dénoncer ce commentaire

    Il est clair qu'on pourrait faire mieux

    Genève aurait besoin d'un endroit où l'on puisse passer une soirée sans risquer de déranger ceux qui dorment. On voit souvent et ce n'est pas nouveau, ces coins de la ville où la plupart des bâtiments sont des bureaux vides pendant la nuit. Peut-être un endroit réunissant une vie nocturne avec de quoi se restaurer (kebab/sandwich/tabacs/etc...) dans la même zone que ces immeubles pourrait régler quelques problèmes. Alors oui je vois l'accorde certains quartiers sont plus ou moins comme ca, mais à ma connaissance il n'y a jamais eu de projet de construction dans cette direction...

  • xavier le 11.09.2014 16:44 Report dénoncer ce commentaire

    S'opposer à tout,crée que des problèmes.

    C'est vraiment le moment que Genève adapte enfin ses infrastructures à la réalité.Nous sommes pris en otage par des oppositions,des luttes intestines entre politiciens et associations dogmatiques qui font que cette ville est encore au Moyen Âge alors que nous sommes au 21 ème siècle.Les habitants de cette agglomération n'ont pas encore compris qu'en réalisant de vrais nouveaux quartiers pour la vie nocturne,les logements,les bureaux et en construisant enfin les autres infrastructures si nécessaire pour les transports,les piétons ect... la vie en sera que meilleure à Genève.

  • Zaki Talib le 11.09.2014 16:11 Report dénoncer ce commentaire

    Réponse à Jean Phil

    Jean Phil, avez vous réellement lu l'article ? Les revendications sont de récupérer un nombre d'espaces suffisant (qui d'ailleurs existaient auparavant), pour désengorger les derniers lieux restant et ainsi réduire considérablement les nuisances sonores. Donc, ces requêtes servent l'ensemble des parties concernées. Et pour répondre à votre première phrase, il me semble que la situation actuelle n'est pas que les jeunes ont veulent toujours plus, mais bien qu'ils ont en toujours moins. A bon entendeur !