Genève

23 janvier 2018 19:37; Act: 24.01.2018 06:38 Print

Des enfants de résistants et de nazis témoignent

À l'initiative de la CICAD, des filles et fils de survivants de la Shoah et de nazis ont livré un témoignage poignant devant des collégiens genevois.

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Les descendants des protagonistes de cette période sombre partagent une même douleur. (Mardi 23 janvier 2018) (Photo: Keystone)

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Pour la première fois en Suisse, des enfants de résistants français déportés et de nazis allemands ont témoigné mardi devant des collégiens à Genève. Invités par la CICAD, des duos d'hommes et de femmes ont voulu transmettre un message d'humanité, de tolérance et de respect.

Un «lourd fardeau»

Pendant des années, la Coordination intercommunautaire contre l'antisémitisme et la diffamation (CICAD) a demandé à des survivants de la Shoah de parler de leur vécu à des collégiens. Ces personnes étant de moins en moins nombreuses, la CICAD a lancé le programme «Deuxième génération: enfants de résistants déportés et de responsables nazis témoignent».

Mardi, Yvonne Cossu et Jean-Michel Gaussot, dont les pères sont morts dans le camp de concentration de Neuengamme, près de Hambourg (D), étaient aux côtés de Barbara Brix, fille d'un médecin aux ordres de la Einsatzgruppe C, et d'Ulrich Gantz, dont le père, policier du IIIe Reich, faisait partie de l'Einsatzgruppe B. Le quatuor s'est rencontré au Mémorial de Neuengamme.

En 2014, après avoir écouté les deux Allemands parler, M. Gaussot s'est rendu compte que les descendants de nazis ont aussi un «lourd fardeau». «Ce qui m'a frappé, c'est que nous partagions une douleur. C'est ce qui devait nous rapprocher», a relevé mardi l'ex-diplomate de 73 ans, élevé dans le culte de ce père qu'il n'a jamais connu.

«Loyauté familiale»

Barbara Brix, elle, n'a connu son père qu'à l'âge de 6 ans, en raison des aléas de la guerre. Elle l'a beaucoup aimé, mais elle ne lui a jamais posé de questions, même pas pour savoir où il avait perdu ses jambes ou lorsqu'elle était étudiante en histoire. «Il y avait une loyauté familiale», a-t-elle expliqué aux collégiens.

Depuis qu'elle a appris en 2006, à l'âge de 65 ans, qu'il était membre de la Einsatzgruppe C, elle effectue des recherches qui révèlent peu à peu son rôle dans les assassinats de civils. Et comme beaucoup d'enfants de nazis, elle a attendu son décès pour en parler publiquement: «J'ai toujours eu le sentiment de devoir réparer la culpabilité de mon père.»

Rompre le silence

A la mort de son père en 2002, Ulrich Gantz a hérité de deux sacs en plastique remplis de documents. «Tu y trouveras toutes les réponses aux questions que tu as posées», lui avait déclaré sa belle-mère. Après avoir mis cinq ans à rejoindre un groupe de parole, il a rompu la promesse de silence faite à son frère qui ne lui a plus donné signe de vie depuis.

Ulrich Gantz a découvert que son père était fier d'être nazi, même s'il ne pensait certainement pas qu'il allait tuer des civils quand il a adhéré au parti en 1932. «Mon père est monté dans un train qui a avancé de plus en plus vite et il n'en est jamais descendu, sauf pour assassiner», a illustré l'ex-ingénieur de 69 ans.

«J'ai longtemps détesté les Allemands», a indiqué pour sa part Yvonne Cossu, 82 ans. Fille de résistant, elle n'a voulu en savoir plus sur ce père manquant qu'en 1995. Aujourd'hui, elle a des amis allemands. Pour elle comme pour eux, cette amitié est le signe qu'ils partagent les mêmes valeurs: le rejet de l'intolérance et la volonté de considérer que tous les êtres humains sont dignes de respect.

(nxp/ats)