Genève

22 février 2018 12:08; Act: 22.02.2018 12:35 Print

«Je ne me sens pas du tout en insécurité»

par Lucie Fehlbaum - Un groupe d'extrême droite fait des rondes pour «rassurer les habitants». En l'état, la police ne s'y oppose pas.

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«Des personnes qui se constitueraient en milice privée n'auraient aucun droit supplémentaire par rapport au simple citoyen», précise le porte-parole de la police. (Photo: Résistance Helvétique-section Genève / Facebook)

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Étonnement, surprise voire inquiétude: les commerçants du quartier genevois de Plainpalais ont réagi plutôt mal en apprenant qu'un groupe d'extrême droite s'était mis à patrouiller dans le quartier.

Trois membres de Résistance Helvétique (RH), qui se présente comme un «mouvement métapolitique» souhaitant «protéger le peuple originel» suisse, ont en effet réalisé une ronde dimanche soir. Non-armés, ils ont traversé Cornavin, les Pâquis, Plainpalais et Saint-Jean, où ils sont notamment entrés dans un parking public. «Je ne me sens pas du tout en insécurité, confie la tenancière d'une boutique. Je pense que si les gens ont peur, c'est à la police de faire son travail.» Une épicière juge les trois patrouilleurs «bizarres. Ils n'ont rien d'autre à faire? Ça n'est pas leur métier d'agir. Que se passe-t-il s'ils interviennent dans une bagarre et blessent quelqu'un?»

Miliciens ou simples citoyens?

Le mouvement vise à «désamorcer les conflits par le dialogue ou avertir les forces de l'ordre en cas de situation critique». Ils souhaitent «encourager la police à être plus présente». «Les gens se plaignent de la dégradation des centres-villes, infestés de dealeurs, explique David Rouiller. Les incivilités sont aussi légion. Il y a un manque d'intervention des forces de l'ordre.»

Jean-Philippe Brandt, porte-parole de la police genevoise, rappelle que «notre système légal n'a pas prévu de place pour une milice privée, puisque la sécurité et l'ordre public sont assurés exclusivement par les services de police». Mais il nuance: «S'ils se limitent à appeler le 117, comme tout citoyen, ils sont en accord avec la loi. Dans le cas présent, ils font donc acte de civisme».

Pour une serveuse de Plainpalais, ils font peur. «Si je croise trois inconnus avec des brassards dans la rue la nuit, je ne suis pas rassurée.» Rouges à croix blanche, lesdits bandeaux font polémique même au sein des partisans des rondes. «La démarche n'est pas inutile, mais les brassards c'est limite un rappel à ceux des SS», peut-on ainsi lire sur Facebook. Le porte-parole du mouvement Résistance Helvétique, David Rouiller, pense au contraire il s'agit d'un symbole rassurant. «Il ne me semble pas connaître de gang de rue qui porte le drapeau suisse. Nos membres n'arborent ni cagoule, ni tenues excentriques. Une personne aura plus peur d'un dealeur qui empeste la drogue à des kilomètres», souligne-t-il.

«La formation d'une milice n'est pas nouvelle. La police ne fera cependant jamais appel à ses membres», souligne Jean-Philippe Brandt. Il y a deux ans, des Guardian Angels genevois, moins politisés que RH, avaient voulu patrouiller à Lausanne. Les forces de l'ordre les avaient priés de rentrer. Résistance Helvétique, qui compte 60 membres romands, souhaite lancer des rondes dans la capitale vaudoise, mais «avec un groupe de Lausannois». À Genève, deux ou trois patrouilles par mois pourraient avoir lieu.

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