Genève

21 février 2019 06:57; Act: 21.02.2019 09:43 Print

Employés de Securitas à l'aéroport «épuisés»

par Léonard Boissonnas - Des salariés officiant à l'accueil des passagers ont dénoncé mercredi leurs conditions de travail dégradées ces derniers mois, selon eux.

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Les employés de Securitas préparent les passagers en vue du contrôle de sécurité. (Photo: Keystone/Martial Trezzini)

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«On n'en peut plus, on n'est pas des robots, on est épuisés.» Comme plusieurs de ses collègues, cette employée de Securitas à l'aéroport de Genève est à bout. Depuis que l'entreprise de sécurité a repris le mandat assumé auparavant par ISS à l'accueil des passagers (au 1er étage) en juin dernier, le personnel dit avoir constaté d'importantes dégradations des conditions de travail. Des employés et les syndicats SSP et Unia ont dénoncé mercredi la situation, déplorant une rupture de dialogue avec Securitas.

«On est debout toute la journée»

Surcharge de travail, malades peu ou pas remplacés, recours à du personnel auxiliaire, formation insuffisante, plages horaires de travail trop extensives, suppression de pauses en cas de sous-effectifs, atteinte à la santé, ou démissions: les salariés ont détaillé les nombreux motifs d'insatisfaction et de frustration qu'ils disent ressentir. «Moi, j'aime mon travail, c'est ça qui me fait tenir, a déclaré une employée. Mais c'est clair que, si ma santé est touchée, je partirai.»

«Physiquement on est très fatigués, on est debout toute la journée sans bouger, en contact permanent avec les passagers, décrit une autre. On doit contrôler notre comportement tout en se faisant parfois insulter. Quand on est en sous-effectifs, les pauses ne peuvent pas être prises. L'autre jour, une collègue n'a pas pu se rendre aux toilettes, elle a fini par se faire dessus.»

Licenciements incompris

Le personnel ne comprend pas non plus pourquoi douze licenciements pour raisons économiques ont été décidés à la mi-décembre, alors que «c'est la période la plus chargée avec les charters pour les sports d'hiver, a relevé un des collaborateurs. Cela nous a choqués car on travaille plus qu'avant. On ne comprend pas ces licenciements. J'ai aussi peur pour la sécurité des passagers. Là, on est en train de prévenir, mais personne ne nous écoute.»

«Les employés veulent durcir le ton car il est impossible de négocier, il n'y a eu aucune avancée avec la direction de Securitas», a souligné de son côté Jamshid Pouranpir, secrétaire syndical de SSP.

Securitas «étonnée»

Contactée, Securitas se dit «étonnée» des démarches des syndicats, puisqu'elle a demandé une médiation qui «a été acceptée et activée auprès de la Communauté genevoise d’action syndicale, avec l’accord de principe du syndicat SSP», indique Urs Stadler, responsable de la communication de l'entreprise de sécurité.

Celui-ci ajoute que «le dialogue est ouvert avec nos collaboratrices et collaborateurs» et qu'«une commission technique est active au sein du personnel afin de traiter les aspects opérationnels». «D'autre part, poursuit-il, une feuille de route, élaborée et validée par la Chambre des relations collectives de travail, qui avait été activée par Securitas, est suivie avec les partenaires sociaux et le personnel.»

Sécurité «pas mise en danger»

De son côté, Genève Aéroport déclare ne pas avoir à se prononcer sur une situation qui concerne un employeur et ses collaborateurs. L'exploitant du tarmac rappelle toutefois que, de manière générale, il «favorise le dialogue, les échanges et rencontres entre partenaires sociaux» et qu'il «exige de ses partenaires de respecter les CCT et lois en vigueur»: «Si des infractions contre ces règles sont constatées par des instances comme l’Ocirt, Genève Aéroport somme les prestataires de se mettre en règle, au risque d’être sanctionnés», indique sa porte-parole, Madeleine Von Holzen.

Par ailleurs, l'institution assure que «la sûreté et la sécurité des passagers ne sont absolument pas mises en danger» et qu'il s'agit d'une priorité absolue pour toutes les activités se déroulant sur la plateforme.