Genève

20 novembre 2019 08:02; Act: 20.11.2019 08:02 Print

Faute de place en foyer, le Tribunal le libère

par Maria Pineiro - Un homme condamné à une mesure thérapeutique ne pouvant quitter Belle-Idée pour un foyer sera libéré sous conditions.

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Le jeune homme, qui dort actuellement à l'hôpital psychiatrique de Belle-Idée aurait dû quitter l'établissement pour un foyer il y a une année. (Photo: Lucien Fortunati)

Une faute?

«Fin novembre, vous serez libre Monsieur.» A l'énoncé de la sentence par la présidente du Tribunal des peines et mesures, S. sourit. Ce qu'il a décrit hier en audience comme un calvaire de quatre ans pourrait bien s'achever d'ici dix jours. Le jeune homme, qui dort actuellement à l'hôpital psychiatrique de Belle-Idée aurait dû quitter l'établissement pour un foyer il y a une année. Problème: tous sont complets. «Au vu de ces circonstances exceptionnelles», ont décidé les juges, S. sortira de l'établissement dans dix jours, à condition, notamment, de suivre un traitement ambulatoire.

L'histoire du jeune homme est pour le moins chaotique. Séjours à la Clairière (ndlr: prison pour mineurs), condamnations pour trafic de stupéfiants, pour violence et menaces ou pour avoir bouté le feu à son cycle d'orientation ont rythmé son adolescence. A l'âge adulte, les problèmes de santé de ses parents séparés et des difficultés relationnelles avec sa soeur le mènent plusieurs fois à Belle-Idée lors d'épisodes dépressifs, explique-t-il en dehors de la salle d'audience.

Pétage de plombs

Son existence basculera en 2015. Sa mère, amputée des orteils, lui annonce, dit-il, qu'il s'agit d'«une erreur médicale». S. pète un plomb: il assène au hasard des coups violents à deux femmes, un homme et un agent de police. Il est placé en détention préventive. «Je ne voulais par rester à Champ-Dollon, explique-t-il au Tribunal. Mon avocat commis d'office m'a alors conseillé de jouer au fou.» L'expertise psychiatrique conclura à une schizophrénie paranoïde ainsi qu'à des troubles du comportement dus à sa consommation de stupéfiants. Au vu de ses antécédents, après avoir purgé huit mois de préventive, il est condamné à neuf mois de prison ferme en avril 2016. Sa peine est suspendue à la faveur d'un traitement à Belle-Idée (lire encadré). Depuis, il dort à l'hôpital, suit une thérapie et prend un médicament, le Risperdal.

S. qui travaille à 80% dans une association estime que son traitement est «une perte de temps». Le jeune homme ne se sent pas bien à Belle-Idée: «Mon voisin de chambre ronfle, il m'empêche de dormir. Lorsque je suis dans la chambre, il lit le Coran à haute voix, ça me dérange.» Quant aux médicaments pris en intraveineuse toutes les deux semaines, «il me font mal au bras. J'ai peur de voir mes seins pousser. C'est un effet secondaire connu», explique-t-il. Il y a un an, le tribunal levait ces mesures à condition que S. intègre un foyer. Mais voilà, ceux-ci sont complets et le patient n'a toujours pas pu quitter Belle-Idée.

Engrenage

Son avocate, Me Maryam Massrouri l'appuie citant René Char: «L'homme est capable de faire ce qu'il n'avait pas imaginé. S. est un jeune homme hors normes, brillant et hyper sensible. Il n'est pas fou, il fonctionne différemment.» Elle en veut pour preuve qu'à Belle-Idée, il ne s'identifie pas aux autres patients. L'avocate plaide l'engrenage dans lequel son client a été pris. Pensant échapper à la prison, il a joué au fou et s'est trouvé piégé à Belle-Idée. Elle plaide la levée de la mesure de substitution. Pour appuyer son propos, S. assure vouloir prouver «aux médecins que je peux être normal.» Dans l'idéal, il ne veut plus suivre de traitement et vivre libre, mais se soumettra aux ordres du Tribunal.

Dans dix jours, son voeu devrait être exaucé sous conditions: le jeune homme devra se soumettre à un traitement psychiatrique ambulatoire et continuer de prendre ses médicaments. Il devra également passer un contrôle mensuel afin de savoir s'il consomme des stupéfiants et travailler.