Noctambules

03 février 2011 14:44; Act: 03.02.2011 17:43 Print

Genève aura ses Etats Généraux de la Nuit

par Irène Languin - Les protagonistes de la vie nocturne confronteront leurs expériences lors de débats organisés du 1er au 5 mars 2011. Cette réflexion prolonge une enquête de huit mois menée dans les lieux de fête genevois.

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Tout le public de l'Usine avait défilé dans la rue en automne 2010 pour dénoncer la surcharge de leur établissement favori. (Photo: Steeve Iuncker-Gomez)

Une faute?

«Voyage au bout de la nuit»: c'est un titre littéraire que s'est arrogé la recherche sur la vie nocturne genevoise menée sur mandat de la Ville. Réalisée en deux volets, l'un durant l'été 2010, l'autre cet hiver, l'étude a questionné l'état d'esprit des noctambules. «Résultat, 80% des sondés estiment qu'il manque de lieux festifs à Genève», relève Marie-Avril Berthet, co-auteur de l'enquête. «Le Genevois est certes râleur, mais le degré de satisfaction est vraiment très médiocre.» Beaucoup de personnes interrogées déplorent la pénurie d'espaces alternatifs. L'Usine est d'ailleurs très majoritairement citée comme lieu de vie nocturne préféré des fêtards.

Pourtant, ce ne sont pas les établissements qui manquent. Depuis la suppression de la clause du besoin en 1996, leur nombre a agmenté de 80% pour atteindre 354 actuellement! Afin de supporter la concurrence, ces lieux se sont toutefois adressés à une clientèle très ciblée, disposant d'importants moyens financiers. «En fait, Genève est dépourvu de lieux bon marché et sans sélection à l'entrée», explique Patrice Mugny, conseiller administratif chargé de la culture.

Cinq soirs de conférences

Dans le but d'explorer les questions soulevées par cette étude, la Ville de Genève a mis sur pied des Etats Généraux de la Nuit, à l'instar de ceux qu'avaient organisés la Mairie de Paris en octobre dernier. Du 1er au 5 mars 2011, acteurs de la vie nocturne genevoise, institutions et noctambules pourront dialoguer à travers cinq soirs de conférences. «La fête est un milieu très sérieux qui mérite d'être débattu», souligne Marie-Avril Berthet. Des responsables culturels de municipalités de Suisse et d'Europe apporteront un éclairage par le biais des expériences qu'ils conduisent chez eux. Un seul regret pour la géographe: «Les trois grands clubs genevois, le Java, le Bypass et le Platinium, ont décliné notre invitation.»

Par ailleurs, des projets pour la création de nouveaux lieux de fête et de culture avancent, selon Patrice Mugny. Deux espaces doivent être ouverts prochainement au sentier des Saules à la Jonction. Des crédits d'étude ont également été votés par le Conseil municipal genevois pour l'aménagement des anciennes citernes du Bois de la Bâtie en salles de spectacle. Enfin, des réflexions sont en cours pour que les coursives du Stade de la Praille puissent abriter des soirées. «Il a fallu quelques nuits turbulentes pour que les choses soient prises en main», sourit le magistrat. «Mais dans quelques années, l'offre nocturne genevoise sera bien différente.»

Milieux associatifs mécontents

Ce bel enthousiasme n'est pas partagé par les milieux associatifs. «Voilà plus de trois ans que nous avons mis en évidence des besoins qu'on veut bien reconnaître en partie aujourd'hui», tonne par exemple l'Union des Espaces Culturels Autogérés (UECA). L'association accuse Patrice Mugny d'ouvrir les yeux un peu tard sur les enjeux culturels genevois. Et de bloquer d'autres projets, comme celui d'intégrer une salle pluridisciplinaire dans le nouvel écoquartier de la Jonction. «Les discussion progressaient bien, un crédit d'étude a passé la rampe du Municipal en novembre 2011», réagit Albane Schlechten, permanente à l'UECA. «Nous avions un rendez-vous agendé la semaine prochaine: Patrice Mugny a tout annulé. Il refuse le dialogue.»

Une accusation que le magistrat réfute. «Je ne cesse de répéter qu'installer une Usine bis au coeur d'un écoquartier est la pire idée qui soit. On irait au devant d'énormes problèmes avec les habitants». L'élu Vert promet qu'il y aura une salle à la Jonction. Mais sans musique amplifiée ni ouverture tardive.