Genève

09 mai 2016 18:38; Act: 10.05.2016 07:39 Print

Homophobie: les mots et les injures qui font mal

par David Ramseyer - La campagne 2016 de lutte contre les discriminations sexuelles met l'accent sur les termes adéquats pour ne pas stigmatiser les gays ou les transgenres. Les migrants seront aussi sensibilisés.

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«Sale pédé!», «tantouze», «gouine»: les injures, les termes péjoratifs pour désigner une personne homosexuelle ou transgenre pullulent. Le poids des mots, leur portée, leur banalisation pèsent lourd dans la stigmatisation de celles et ceux qui vivent, ou à qui on attribue, une sexualité différente.

C'est pourquoi la campagne de lutte contre l'homophobie et la transphobie que lancent la Ville de Genève et ses partenaires se concentre cette année sur le langage. «Le respect passe aussi par la façon dont on s'adresse aux autres», remarque Albana Krasniqi Malaj, directrice de l'Université populaire albanaise, institution qui participe à l'opération. Intitulée «Les mots pour le dire» et dotée d'un budget de 18'000 fr., elle se déroulera jusqu'au 26 mai prochain en collaboration avec la Fédération genevoise des associations LGBT (Lesbienne Gay Bisexuel Transgenre) ou encore l'Université de Genève. En marge de débats et de stands dans la rue, des affiches dans les six langues les plus parlées au bout du lac - le français, l'anglais, le portugais, l'espagnol, l'albanais et l'arabe - seront placardées dans une septantaine de lieux.

Faire tomber les tabous

Au sein de certaines populations étrangères ou parmi les migrants, «il y a parfois une méconnaissance totale des questions liées à l'homosexualité, qui restent occultées ou carrément taboues», souligne ainsi Albana Krasniqi Malaj.

Directrice de l'Association pour la promotion des droits humains, qui travaille beaucoup avec les communautés du Moyen-Orient et du Maghreb, Badia El Koutir précise: «Définir le mot «lesbienne» dans sa langue maternelle, par exemple, cela permet de dire que cela existe chez nous». Les partenaires de la campagne soulignent cependant que les insultes homophobes ne sont pas - et de loin - l'apanage des populations étrangères.

Nouvelle législation?

Des travaux sont d'ailleurs en cours sous la coupole fédérale pour inscrire l'homophobie et la transphobie dans le code pénal. Si elles n'augmentent pas en Suisse, la violence et les discriminations contre les homosexuels et transgenres ne diminuent pas non plus, selon les associations de défense. Celles-ci estiment d'ailleurs que de nombreux actes homophobes ne sont pas recensés: «La moitié des victimes d'agressions physiques ne portent pas plainte», estime ainsi «Dialogai». Sa directrice, Mathilde Captyn, applaudit la campagne de la Ville. Elle juge «important qu'une collectivité publique se positionne sur cette problématique».

Aujourd'hui, 74 Etats dans le monde condamnent pénalement l'homosexualité. Sept d'entre eux la punissent de mort.