Genève

15 janvier 2020 08:27; Act: 15.01.2020 09:29 Print

Gynéco condamné pour un cancer non détecté

par Lucie Fehlbaum - En omettant de surveiller un ganglion, un toubib a laissé la maladie d’une patiente se propager. Il a été condamné lundi.

storybild

Une palpation aurait permis au médecin de détecter le cancer à 90%. (Photo: iStock)

Une faute?

«Je voulais la justice et la prévention. J’ai été écoutée.» K. a salué, lundi soir, l’issue du procès de son ancien gynécologue. Condamné pour lésions corporelles graves par négligence, le praticien a écopé de 300 jours-amende à 200 francs avec sursis. Il versera 80’000 francs à K. pour tort moral.

Diagnostiquée très tard

Le spécialiste n’a pas surveillé le ganglion de sa patiente, qui a contracté un cancer du sein auquel elle a survécu par miracle. En rémission médicamenteuse, son traitement ne prendra jamais fin. Il n’a pas non plus palpé sa poitrine lors d’un contrôle ultérieur. S’il l’avait fait, le cancer aurait été détecté à 90%, témoigne un expert, chargé d'éclairer la cour sur la question gynécologique. «Les soins auraient débuté dans le mois», a ajouté l’avocate de K., Me Caroline Schumacher.

Or, la maladie de la quadragénaire a été diagnostiquée presque deux ans après un rendez-vous pour «des petites boules dans le sein» avec l’accusé. Ce dernier avait jugé le ganglion viral et renvoyé sa patiente chez elle. Alors âgée de 42 ans, K. ne présentait pas, selon lui, de risque particulier de développer un cancer. «Elle pouvait m’appeler si besoin», a indiqué le gynécologue. «L’expert est catégorique. Ce ganglion aurait dû être contrôlé dans les 2 ou 3 mois. Le prévenu ne l’a pas fait, n’a pas demandé à la patiente de revenir ni profité de consultations ultérieures pour l’interroger. Qu'est-ce que ça lui coûtait?», a questionné le procureur, Clément Emery. Il demandait 360 jours-amende à 500 fr.

«Elle n'en n'a plus parlé»

Le praticien s’est étonné que sa patiente n’ait pas mentionné son ganglion plus souvent (lire ci-contre). «Quand je vais chez mon généraliste pour une angine, il ne me parle pas de ma prostate», s’est-il exclamé. Ses défenseurs, Me Alec Reymond et Me Alexandra Lopez, ont affirmé qu'«aucun des proches ni des autres médecins de K. ne sont venus nous dire qu'elle faisait état de ses boules. Un médecin n'est pas dieu, il ne peut pas tout voir.» Les deux conseils demandaient l'acquittement.

Selon Me Schumacher, l’attitude du spécialiste a décidé sa cliente à porter plainte. «Lorsqu’il a appris qu’elle avait un cancer, il lui a demandé comment elle avait pu rater ça.»

(lfe)