Genève

23 juillet 2019 22:22; Act: 24.07.2019 08:40 Print

Ils transforment une friche en laboratoire urbain

par Maria Pineiro - En attendant de futurs immeubles, un terrain vague a été confié à des associations qui expérimentent la ville de demain.

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Le terrain sera occupé pendant plusieurs années.

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A l'avenue Cardinal-Mermillod, à Carouge, en face du centre commercial, ont poussé ce printemps, sur un espace en friche, une centaine de bacs à légumes, un couvert, un container, une maison des plantes et de graines, des buttes ou encore une ébauche de jeux pour enfants. A moyen terme, les lieux accueilleront de nouvelles constructions, le Plan localisé de quartier est en voie de redéfinition. Dans l'intervalle, la Fondation pour la promotion du logement bon marché et de l'habitat coopératif (FPLC) a proposé à la coopérative Ressources urbaines d'en disposer afin de faire vivre les lieux. Le projet «Point Cardinal» était né.

Rencontrée sur place, accroupie au-dessus d'un bac essentiellement occupé par des plants de tomates, Laure est enthousiaste: «Ici, c'est un petit coin de paradis.» La jeune femme explique être venue au projet pour avoir son petit bout de jardin à cultiver. Mais au-delà du maraîchage, elle trouve «plaisir à rencontrer des gens du quartier qui partagent des valeurs identiques».

Un peu plus loin, à l'ombre d'un container, Murielle et Diane papotent tranquillement. La retraitée et son amie plus jeune ne se connaissaient pas avant leur rencontre sur le terrain, elles aussi autour des bacs à légumes. Murielle, qui habite en face, est ravie que de la verdure pousse ici plutôt que des immeubles. «Et puis, ça m'a permis de faire connaissance avec des voisins que je croisais et à qui je n'adressais que peu la parole», sourit-elle. Les deux se disent modérément actives, mais constatent avec joie que «les jeunes ont plein d'idées et que beaucoup de choses se font».

Cultiver le vivre ensemble

Pour «Point Cardinal», Ressources urbaines s'est associée à Largescalestudios (LSS) (lire encadré). Les deux entités visent à développer des projets à caractère culturel, artistique et agronomique, mais également à cultiver le vivre-ensemble dans les quartiers et les villes.

«Cet espace est un "laboratoire urbain", explique Elias Boulé, architecte et cofondateur de LSS. On y expérimente ce que pourrait être la ville de demain. C'est de l'urbanisme de transition» Dans un premier temps, une centaine de bacs de légumes ont été installés. Une association d'usagers maraîchers a été créée, chapeautée, pour l'heure, par les promoteurs du projet.

«Le jardin, c'est que qui permet de fédérer tout le monde sur le lieu et de faire émerger une expérimentation socio-urbaine», rajoute Elias Boulé. Les maraîchers en herbe sont appelés à participer à l'élaboration d'autres projets sur le site. «Nous souhaitons que chacun réfléchisse au-delà de son bac et aide à l'aménagement des espaces collectifs, comme une butte ou encore un étang à venir», souligne Matthias Solenthaler. Il s'agit de «mettre en mouvement des dynamiques collectives pour améliorer la vie en ville.»

Autonomie progressive

«Nous accompagnons les usagers dans la démarche de gérer l'espace dévolu au maraîchage et à la vie en commun dans un esprit de coconstruction. L'idée, c'est que progressivement les habitants s'autonomisent», détaille Alex Verhille, architecte paysagiste de LSS.

Mais Point Cardinal n'a pas vocation à devenir un parc privé pour les voisins. «Nous souhaitons que ce lieu se transforme peu à peu en espace public, accessible à tous, avec des jeux pour enfants, un coin où se délasser et des résidences artistiques, voire des conférences et des ateliers», indique Matthias Solenthaler. Pour ce faire, les promoteurs du projet recherchent des fonds, afin de réaliser leurs ambitions.