Salé (MA)

20 juin 2019 21:19; Act: 21.06.2019 09:41 Print

Jugé au Maroc, K. a nié toute velléité djihadiste

par Jérôme Faas - Le Suisse, qui risque 30 ans de prison, s’est exprimé hier lors du procès portant sur le meurtre de deux touristes.

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Les deux jeunes femmes, qui campaient en montagne, ont été décapitées. (Photo: Keystone/Thomas Sjoerup)

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K., le Genevois jugé au Maroc avec vingt-trois coaccusés dans le cadre du meurtre de deux touristes scandinaves survenu mi-décembre à Imlil, a enfin été interrogé hier. Son audition a duré plus d'une heure. «Il a été très posé et clair alors que le juge était expéditif. Ses questions n'étaient pas toujours faciles à comprendre. A cela s'ajoutait une traduction très approximative, selon les personnes arabophones présentes. K. a souvent demandé qu'on le laisse s'expliquer ou qu'on précise les questions, mais on ne l'écoutait pas. Ce n'était pas facile pour lui de faire valoir ses droits. Le tribunal voulait avoir des réponses non détaillées à ses questions très à charge. La recherche de la vérité n'était manifestement pas au programme», relate son avocate genevoise, Me Saskia Ditisheim.

Le jeune Hispano-Suisse, dont il est établi qu’il n’a pas participé au crime ni à son élaboration, risque 30 ans de prison. Il est accusé d’avoir entraîné au tir les suspects via une partie de paintball, de les avoir formés à la messagerie Telegram et d’avoir planifié des attaques non réalisées sur sol marocain.

Paintball au centre des débats

Le paintball a fait l’objet d'un grand nombre de questions. «On voulait prouver que c’était un entraînement au tir, rapporte Me Ditisheim. Il a répété qu’il s’agissait d’un jeu pour lui, et qu’il n’était pas dans la tête des autres participants», dont l’un des prévenus qui a avoué le crime. Il a assuré n'avoir jamais fomenté aucun projet terroriste avec les prévenus. Il a par ailleurs expliqué avoir coupé les pont avec eux en 2017, quand le principal suspect l'a encouragé à partir avec lui rejoindre Boko Haram. «Ça a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase, a-t-il déclaré au tribunal. Il a alors déménagé et changé de numéro de téléphone. Avant son arrestation, cela faisait un an et demi qu'il n'était plus en contact avec le principal suspect, ce qui signe son innocence d'une participation alléguée à une cellule terroriste», déclare l'avocate.

Témoin à décharge pas entendu

K. a ainsi nié toute velléité djihadiste. Il a assuré que les propos l’incriminant qui lui sont prêtés dans le procès-verbal rédigé par la police, qu’il a signé sans comprendre l’arabe, étaient «des mensonges». Il n'aurait ainsi jamais parlé de djihad et de Daesh, comme cela lui est reproché, lors de la fête de naissance de son fils, à laquelle avaient pris part certains des prévenus. Quant aux fameuses grillades où il aurait été question d'attaques sur sol marocain, K. a contesté la teneur des discussions. Il a affirmé que l'un de ses amis intimes, un Camerounais chrétien, présent ce jour-là, pouvait en témoigner - las, son audition, demandée le 30 mai par son avocat marocain, Me Saad Sahli, a été refusée. «Il s'agit d'une violation crasse de l'article 14 du pacte international relatif aux droits civils et politiques, garantissant un procès équitable, pourtant signé et ratifié par le Maroc», s'insurge Me Ditisheim.

Intérêt pour la Suisse

Concernant Telegram, K. a répété n'avoir lui-même jamais utilisé ni Telegram, ni Facebook. «L'avocat de la partie plaignante lui a aussi demandé d'admettre que les indemnités sociales que lui versait la Suisse servaient à financer le terrorisme, indique Me Ditisheim. Cette question est absurde et ridicule.» En outre, «beaucoup de questions lui ont été posées à propos de ses contacts genevois», dont certains radicalisés à la mosquée du Petit-Saconnex, qu'il a fréquentée entre 2011 et 2015. «Il a répondu qu'il y avait eu une enquête de la police fédérale à ce propos, et qu'aucune charge n'avait été retenue contre lui.»

La pénaliste s'étonne de cet intérêt pour Genève, sans lien avec le double meurtre d'Imlil. Tout comme elle est surprise, depuis le début de l’affaire, par l’attention apportée à son client - soupçonnant que sa nationalité européenne n'y est pas étrangère. Elle a ainsi constaté que durant les auditions des autres prévenus, en arabe et dont elle n'a pas compris la teneur, K. a été au centre des débats et a fait l’objet de plusieurs questions. Le procès se poursuivra jeudi prochain, le 27 juin, avec les plaidoiries.