Meurtre à Onex (GE)

28 mars 2019 19:54; Act: 28.03.2019 23:40 Print

L'accusé veut être soigné

par Léonard Boissonnas - L’homme jugé pour avoir tué sa voisine, en 2015 à Onex, s'est exprimé une dernière fois devant le Tribunal criminel. Celui-ci rendra son verdict mercredi.

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Le corps de la victime avait été retrouvé brûlé plus de deux ans après les faits, dans un lieu isolé de l'Ain (F). (Photo: Keystone)

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«Je suis d’accord pour un suivi car j'ai des enfants que j'aime énormément»: c'est ainsi que le prévenu s'est exprimé, en larmes, à l’issue des débats, jeudi. Jusque-là, et malgré l’expertise psychiatrique qui a conclu à un «grave trouble de la personnalité», il refusait de se considérer comme malade et donc de se faire soigner, comme l'avaient indiqué mardi les experts psychiatres. Ultime stratégie pour obtenir un peu de clémence des juges? Nul ne peut le dire, tellement ce Portugais de 53 ans, accusé d'avoir étranglé sa voisine en février 2015 puis d'avoir brûlé son corps, a désarçonné avec ses «réponses insolites», comme l’a relevé son avocat, Me Eric Beaumont. Ce dernier a plaidé l’homicide involontaire, la mort de la septuagénaire étant «accidentelle».

Ni Bataclan ni Christchurch

Pour l'homme de loi, l'accusé, qui encourt une peine de prison à vie assortie d'une mesure d'internement, a pu agacer le tribunal et exercé une «fascination» qui a «contaminé les audiences», mais il ne ressemble pas aux «terroristes du Bataclan ou à celui de Christchurch». Le crime motivé par un but particulièrement odieux ne tient pas, selon lui. Les 40'000 euros, qu'on lui reproche d'avoir volés à la victime, il ne les a jamais touchés. L'argent retrouvé au Portugal chez sa soeur et son beau-frère était le sien: «Il est constant sur ce point durant toute la procédure», a souligné Me Eric Beaumont. Ce dernier a pointé le rôle joué par l'agent infiltré, qui avait été mandaté pour faire avouer au suspect le lieu où le corps de la septuagénaire avait été abandonné.

Agent infiltré «particulièrement actif»

Cet agent portugais a été «particulièrement actif» dans l'élaboration d'un projet pour éliminer ou défigurer le beau-frère du prévenu, a déploré l'avocat de la défense: «Il influence, il provoque, il pousse à la commission d'un crime». Dès lors, il faut acquitter son client pour ces faits. Quant au décès de sa voisine, «on ne connait pas les causes de la mort». Et même s'il l'avait étranglée, comme l'accusation le soutient, cela ne mérite pas la peine demandée, qui s'applique à des crimes particulièrement atroces, à des actes de sauvagerie ou des faits extraordinaires, a insisté Me Eric Beaumont. «Il est présenté comme un monstre odieux, mais on n’a retenu que les témoignages à charge», a-t-il déploré. Plusieurs proches parlent d'un être aimant, jamais agressif physiquement ou verbalement. Avec une ex-compagne, certes il y a eu une nuit de séquestration en 1992, un acte de violence, mais ils sont restés encore dix ans ensemble après. La cruauté envers les animaux? Ce n'est pas lui qui avait un problème particulier, c'est une affaire de contexte, de pratiques d'un autre âge dans des contrées où, à une époque, on voyait des choses violentes, a plaidé l'avocat du prévenu.

Une vie calcinée pour des billets

Auparavant, l'avocate de la partie plaignante, Me Lorella Bertani, a, elle, dépeint un être froid, calculateur, maître en manipulations, qui a un «tiroir-caisse à la place du coeur»: «Il a calciné une vie pour quelques billets», a-t-elle asséné. «C’est le profil de l’assassin parfait, dans toutes ses composantes.» Celui-ci avait repéré une «proie idéale»: «Le jour où elle l'a rencontré, elle a rencontré une âme noire, qui a tissé une toile très serrée», a déclaré la femme de loi, qui a retracé les relations entre la victime et son présumé bourreau. Il était devenu son meilleur ami et l'a peu à peu isolée des autres: «Derrière le charme, la séduction, se cache un tueur froid, patient», a relevé Me Lorella Bertani. Quand l'accusé a appris que sa voisine allait déménager, «l'arrêt de mort était signé», parce que «la poule aux oeufs d'or allait partir». Pour l'avocate, la thèse de l'accident «ne tient pas la route»: «Il s’est débarrassé d’elle comme d’un vieux meuble dont on n’a plus usage», a encore souligné Me Lorella Bertani.

Des mensonges pendant quatre ans

L'avocate a également rappelé que, «pendant quatre ans et deux jours», le frère et la soeur de la défunte n'ont reçu «que des mensonges»: «Il n'a jamais eu un seul mot pour les soulager». Tous les faits reprochés doivent être retenus contre lui, a conclu la représentante des plaignants.

Le verdict du Tribunal criminel est attendu mercredi prochain, à 16h.