Genève

09 octobre 2018 19:35; Act: 09.10.2018 19:35 Print

L'aéroport écartelé entre croissance et écologie

par Maria Pineiro - Cointrin a présenté mardi son troisième Rapport de développement durable. Elle se félicite des bons résultats obtenus.

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C'est ce que l'on peut appeler la quadrature du cercle: marier le développement durable à la croissance d'un aéroport. C'est à cet exercice d'équilibrisme que s'est plié mardi Genève Aéroport lors de la présentation de son troisième rapport de développement durable 2016-2018.

Corine Moinat, présidente du Conseil d'administration, a ouvert les feux en posant le cadre économique. «L'infrastructure est vitale pour la région, la reliant à de nombreuses destinations. Elle participe à son rayonnement et engendre de fortes retombées.»

Puis, est venue l'heure du constat: l'aéroport est maître en sa demeure, pas au-delà. En clair, l'infrastructure peut travailler à réduire son empreinte écologique et inciter les compagnies aériennes à en faire de même. Mais, il est impossible de leur forcer la main.

CO2 et bruit prioritaires

André Schneider, directeur général, a précisé que les deux axes prioritaires sont la réduction des émissions de CO2 et du bruit. Depuis 2016, plus de 30 millions de francs ont été investis à ces fins.

Parmi les réalisations, la pose de 10'000 mètres carrés de panneaux solaires, la diminution de la consommation d'électricité, l'utilisation de 26% de véhicules électriques ou encore la fourniture de courant et d'air conditionné aux avions à l'arrêt afin d'éviter que les moteurs ne soient allumés en permanence. Par ailleurs, l'aéroport projette de ne plus se chauffer au mazout, mais via des pompes à chaleur.

Le directeur s'est félicité des résultats. Il a insisté sur le fait que, depuis 2017, l'infrastructure compense intégralement ses émissions de CO2 et a été certifiée.

Taxes augmentées

Pour ce qui est du bruit, l'institution a financé des travaux d'insonorisation de quelque 400 logements au cours des deux dernières années. Depuis décembre 2016, l'aéroport accueille une halle destinée aux essais moteur. L'installation permet de baisser les émissions de quelque 20 décibels. «Last, but not least», les taxes liées au bruit ont augmenté drastiquement. «Elles peuvent se monter jusqu'à plusieurs centaines de francs selon le modèle de l'avion et l'heure du passage. Les compagnies sont donc incitées à renouveler leur flotte, ce qui permet également un gain en termes de pollution. Nous avons constaté des effets concrets au sein de certains usagers de l'aéroport», a souligné André Schneider.

Il a également indiqué que l'entrée en vigueur du projet Corsia à l'horizon 2021, qui obligera les compagnies aériennes à compenser l'augmentation de leurs émissions, devrait favoriser le renouvellement des appareils.

Contradictions?

Il n'en reste pas moins que Genève Aéroport vise à augmenter le nombre de vols intercontinenataux et devrait accueillir quelque 25 millions de passagers en 2030, contre 17 millions aujourd'hui. «Mais le nombre de mouvements ne devrait pas trop augmenter car notre taux de remplissage est de plus en plus satisfaisant», a relevé le directeur.

L'écologiste Lisa Mazzone, présidente de la Coordination régionale pour un aéroport de Genève urbain, respectueux de la population et de l’environnement (CARPE), insiste sur le fait que les principales nuisances ne sont pas générées par l'infrastructure, mais par l'activité. La Carpe préconise un couvre-feu à 22h00 et une nouvelle augmentation des taxes liées au bruit. La coordination milite également pour «une reprise en main politique et une orientation au service de la Genève internationale, plutôt que de faire du dumping pour attirer les compagnies low-cost».