Genève

10 décembre 2019 20:57; Act: 11.12.2019 11:40 Print

L'agression de Saint-Jean, un «anéantissement»

par Lucie Fehlbaum - Le procureur général demande que le verdict prononcé en première instance soit maintenu, au deuxième jour du procès en appel des cogneurs majeurs de Saint-Jean.

Voir le diaporama en grand »

Sur ce sujet
Une faute?

«Ce qu'ils ont fait, ce n'est pas se battre. C'est se donner les moyens de pouvoir dominer sans être dominé, profitant toujours de l'avantage du nombre, de l'effet de surprise. Une recherche de l'anéantissement.» Le procès en appel des deux agresseurs majeurs de Saint-Jean, qui avaient fracassé deux trentenaires en janvier 2017, s'est poursuivi mardi. Le procureur général Olivier Jornot a plaidé, rappelant les faits, glaçants, et insistant sur la responsabilité des prévenus. Il demande que le verdict donné en première instance, soit 15 et 12 ans de prison respectivement pour L. et D., soit maintenu. Le premier des cogneurs avait été reconnu coupable de double tentative de meurtre. Le second, de tentative d'assassinat et agression. L'intervention du procureur général a été applaudie discrètement par la famille d'une des victimes.

Gamin pas malin

La matinée a été occupée par les plaidoiries de la défense. Pour Me Guerric Canonica, conseil de L., l'intention homicide au préjudice d'une des victimes doit être écartée. Autrement dit, L. n'a pas voulu la tuer, il n'a fait que participer à son agression.
« J’ai rencontré un gamin pas très malin, conscient mais pas totalement, a plaidé l'homme de loi. Son immaturité s’est résorbée. Vous ne jugez plus l’enfant que j’ai connu mais un jeune homme dont la prise de conscience est absolue, bien qu’il ait de la peine à la verbaliser.»

Me Canonica estime que le Tribunal criminel a imputé à son client des agissements des trois mineurs, qui n'ont pas encore été jugés. «Ce n'est qu'en examinant leur attitude qu'une décision juste pourra être rendue quant à L.», a affirmé son conseil. Ce dernier demande un jugement «à la hauteur de la pauvreté intellectuelle» de son client. «Quand je lui parle, j’ai l’impression de discuter avec un enfant de 13 ans.» Il sollicite la responsabilité restreinte ou partiellement restreinte. «La clémence serait indécente pour les victimes. Il faut tenter de s'approcher des 10 ans».

Espérance de vie réduite

L'enjeu pour D., d'origine brésilienne, portait notamment sur son expulsion de Suisse, fixée à cinq ans. «C'est son père violent resté au pays qui va l'accueillir? a questionné l'avocat de D., Me Guillaume de Candolle. Sa grand-mère, désormais dans sa huitième décennie? S'il part au Brésil, sans ressource, dans la rue, son espérance de vie se compte en heure ou en jour.» Pour l'homme de loi, son client venait de rejoindre le groupe. Le jeune homme n'a pas assisté à toutes les bagarres antérieures aux faits de Saint-Jean. Me de Candolle demande également l'acquittement de la charge de tentative d'assassinat sur une des deux victimes.

Coup de batte supplémentaire

«Pour la défense, le Tribunal Criminel a rendu son jugement comme pris d'un délire répressif. Mais il n'y a aucune once d'émotion déplacée dans ce verdict. La décision est méticuleuse», a clamé le procureur général, Olivier Jornot. Selon lui, D. était depuis le début un membre actif du groupe. Et L. n'a pas simplement tenté de repousser l'un des agressés avec sa batte, «sans viser la tête», comme il l'affirmait lundi. «Cette contestation est un coup de batte supplémentaire sur la tête de la victime et de sa famille. Les légistes n'ont constaté aucune lésion au thorax ni sur les membres supérieurs, à l'exception des mains. Mais la partie la plus résistante du crâne est fracturée sur toute sa profondeur. Cela demande une énergie particulière.»

«Ils sont l’un et l’autre au début d’un long tunnel, a ajouté le procureur général à l'attention des accusés. Ils vont passer le cap de la procédure, assimiler la décision de justice et se retrouver seuls avec ceux qui devront les soigner. Un beau jour, ils vivront une phase d’effondrement psychique et là, on pourra refaire ces personnalités et envisager, le moment venu, dans bien longtemps, de les rendre à la société».

Le procès se poursuit mercredi avec la plaidoirie de l'avocat de la seconde victime.