Procès à Genève

08 novembre 2019 19:59; Act: 09.11.2019 07:24 Print

Un antispéciste écope d'un an de prison ferme

par Maria Pineiro/ats - La Cour a condamné le principal prévenu à une année de prison ferme. Une deuxième militante écope de sept mois avec sursis.

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Près d'une vingtaine d'actes étaient reprochés aux prévenus. (Photo: Keystone/Magali Girardin)

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Le procureur Holloway avait requis des condamnations fermes à l'égard de deux antispécistes soupçonnés d'avoir caillassé des boucheries, saccagé un abattoir et tagué divers commerces. Il n'a été que partiellement suivi.

G., le principal prévenu, écope d'une année de prison ferme. Il a été reconnu coupable de dommage à la propriété considérable, violation de domicile, contrainte et empêchement d'accomplir un acte d'officiel. Sa jeune camarade A. est condamnée à sept mois de prison avec un sursis de trois ans, pour les mêmes motifs. Quant à R., jugé en appel pour des faits moins graves, sa peine a été réduite à 20 jours amende avec sursis.

Pour Adrian Holloway, le caractère antispéciste des délits, ainsi que l'unité dans le temps, plaidait pour la culpabilité des deux principaux prévenus pour tous les actes jugés. Il n'aura pas été suivi sur ce point. Le Tribunal a en effet prudemment examiné les délits au cas par cas, selon les preuves à disposition. Ainsi, G. et A. ont été acquittés pour plusieurs caillassages de boucheries et des tags, par manque de preuves matérielles, le doute profitant aux accusés. Seuls les actes pour lesquels des traces ADN, vidéo ou de téléphonie permettaient de mettre «raisonnablement» en cause les deux militants ont été retenus.

Une seule condamnation pour l'abattoir de Perly

Pour le saccage de l'abattoir de Perly, Seul G. a été condamné. Le Tribunal a en effet estimé que le fait d'avoir retrouvé des objets ayant servi à la commission des actes dans un refuge pour animaux fréquenté par le prévenu, ajouté à des conversations téléphoniques codées peu avant les faits, constituaient un faisceau d'indices suffisant. Le fait que G. ait affirmé que ces biens ne lui appartenaient pas n'a pas été admis par le Tribunal. Les juges ont toutefois estimé ne pas avoir d'indices suffisants pour incriminer A., si ce n'est une conversation téléphonique manifestement codée. Elle a donc été acquittée de ce chef d'inculpation.

Les trois militants ont été reconnus coupables de l'occupation d'un abattoir en Suisse alémanique durant près de vingt heures. Ils avaient été sortis par la police et identifiés. Ils avaient par ailleurs reconnu leur participation à cette action devant le Tribunal de Police. Les juges ont estimé que les chefs de violation de domicile, de contrainte et d'empêchement d'accomplir un acte officiel étaient donc remplis.

Répétition des actes délictueux

Le Tribunal a relevé les motivations antispécistes des trois prévenus, militants actifs dans le mouvement, sans toutefois estimer que ce motif pouvait être considéré comme honorable et constituer une circonstance atténuante. La présidente a estimé, comme le procureur l'avait souligné, que les moyens légaux de faire entendre la voix antispéciste existaient. Pour les deux principaux accusés, les juges ont indiqué que les fautes étaient conséquentes. La répétition des actes de vandalisme sur une longue période prouve, selon la présidente, la détermination des condamnés et leur mépris des règles. Par ailleurs leur collaboration a été qualifiée de mauvaise et leur prise de conscience faible.

Adrian Holloway, procureur, a qualifié le verdict de clément, mais s'est dit globalement satisfait. Léonard Michelli-Jeannet, l'avocat de A. a, au contraire, qualifié les peines infligées de «lourdes». Selon lui, certaines preuves à l'appui de la condamnation ont été acquises de manière «illégale». Me Micheli-Jeannet a confié être soulagé de constater que le tribunal n'avait pas fait de ce procès un acte politique. Il va examiner d'entente avec sa cliente l'opportunité de faire appel.

De nombreux sympathisants étaient venus soutenir les accusés. A l'énoncé du verdict, beaucoup d'émotion était palpable dans la salle, certains ont éclaté en pleurs. Ils ont ensuite soutenu les militants condamnés, puis quitté le palais de justice.