Légumes rares

27 décembre 2011 07:35; Act: 27.12.2011 07:57 Print

L'artichaut violet lutte pour survivre

L'artichaut violet de Plainpalais lutte pour sortir de l'oubli. Cultivé de manière confidentielle, il pourrait suivre l'exemple de son cousin, le cardon genevois, et retrouver une place de choix.

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A l'instar du cardon genevois, l'artichaut violet pourrait devenir un produit de choix.

Une faute?

Tout comme le cardon, l'artichaut violet a été ramené à Genève par les Huguenots qui ont fui le midi de la France après la révocation de l'édit de Nantes au 17e siècle, a expliqué Denise Gautier, responsable de ProSpecieRara Suisse romande, la Fondation pour la diversité patrimoniale et génétique liée aux végétaux et aux animaux.

A l'origine, l'espèce n'était pas du tout faite pour être cultivée sous les cieux genevois. Mais les maraîchers ont sélectionné une variété qui s'est bien acclimatée et qui est devenue spécifique de la Cité de Calvin, relate la biologiste.

Ses particularités: d'un goût très fin et très tendre, elle est plus petite que les traditionnels artichauts de Bretagne ou d'Espagne. Il s'en est cependant fallu de peu pour qu'elle ne disparaisse.


Présence en nombre attestée

«La revue horticole de 1877 atteste que nos maraîchers cultivaient des milliers de plants d'artichauts violets de Plainpalais», raconte Mme Gautier. Puis, petit à petit, ce légume a failli disparaître complètement, victime de l'agriculture intensive et des importations d'artichauts moins chers, notamment d'Espagne.

En 1959, un exemplaire a été retrouvé par hasard dans le jardin d'un particulier au Grand-Saconnex, lors d'une excursion de la Société dendrologique. Depuis il est conservé précieusement au Jardin botanique et planté dans ses massifs, rapporte Mme Gautier, qui s'occupe de sa préservation depuis 1998.


De justesse


Lors d'un hiver très froid, les pieds ont subi beaucoup de pertes. La responsable de ProSpecieRara a contacté alors deux nonagénaires qui avaient participé à l'excursion de 1959 et qui se trouvaient être en possession de ces pieds. Leur apport a permis de diversifier les plants.

Aujourd'hui la station Agroscope-Changins a prélevé certains de ces pieds pour authentifier leur lignée génétique et pour augmenter leurs chances de conservation. ProSpecieRara fournit pour sa part des plants à ses membres et aux producteurs.


Produit de niche

L'Union maraîchère genevoise souhaite aussi remettre au goût du jour ce produit à forte valeur ajoutée, a expliqué son directeur Jacques Blondin. C'est un joli produit de qualité, de niche, le fruit d'un savoir-faire, qui permet au maraîcher de se démarquer. Actuellement il est cultivé par deux ou trois producteurs.

«L'an dernier, nous avons eu une récolte conséquente qui a pu être commercialisée non seulement sur les marchés mais aussi dans des grandes surfaces, notamment chez Manor et Migros», a rapporté M. Olivier Rouquette, responsable qualité auprès de l'UMG. «Nous espérons faire encore mieux en été 2012».

Pour les maraîchers, la difficulté est de multiplier la plante. En effet, les artichauts ne se reproduisent pas par semence, mais par oeilletonnage, à savoir par un rejet à la base de la plante, qui ressemble une bouture. Une méthode qui n'est pas à la portée du premier venu, relève M. Rouquette.


Sur les traces du cardon

La variété est-elle mûre pour tenter d'obtenir une appellation d'origine contrôlée (AOC), à l'instar du cardon, seul légume suisse à en bénéficier? «Avec la volonté du consommateur de manger local, la production pourrait repartir», estime le responsable.

L'envie est là, l'idée est soutenue par l'Etat, mais n'en est encore qu'à ses prémisses. «Il y a encore beaucoup de travail et c'est aux producteurs de se prendre en main», a souligné le chef du service genevois de la production et du développement agricole Alexandre de Montmollin.

(ats)