Genève

21 octobre 2018 20:11; Act: 22.10.2018 09:26 Print

L’aridité joue un sale tour aux champignonneurs

par Lucie Fehlbaum - La sécheresse impacte le développement des champignons et peut conduire les cueilleurs à la confusion. A long terme, la forêt subirait ce manque de moisissures.

storybild

Le cortinaire des montagnes, à gauche, est mortel. Le cortinaire remarquable, en revanche, au chapeau humide, est très bon. (Photo: DR)

Sur ce sujet
Une faute?

«J'adore les pleurotes. Mais je ne trouve rien du tout dans la production locale», déplore un amateur de champignons. Son constat est juste: la sécheresse causée par l'été caniculaire affecte le développement de ces organismes. «Plusieurs espèces attendues à cette période n'ont pas encore poussé, relève Emmanuelle Favre, biologiste à la direction générale de l'agriculture et la nature. Dans les champignons, nous consommons ce que nous pouvons comparer aux fruits. Pour qu'il pousse, il faut de l'eau.»

Or depuis trois mois, il ne pleut plus, en tout cas pas en suffisance. «Le déficit pluviométrique est énorme. Le sol est presque bétonné», déplore Jean-Jacques Roth, président de la Société Mycologique de Genève. Ses membres parcourent le canton pour récolter et étudier les fructifications (la partie que l'on consomme, ndlr). «Nous n'avons pas grand-chose à nous mettre sous le microscope. L'an passé était déjà pauvre en champignons, cette année c'est bien pire.»

Le test du baiser

Ce climat aride peut mener à l’indigestion. «Sans eau, certains champignons profitent d’une humidité résiduelle pour sortir de terre, explique Emmanuelle Favre. Ils risquent d’être plus petits et secs que d’ordinaire.» Or, certains champignons comestibles sont visqueux et ont un sosie sec qui se digère mal. S’ils sont tous ratatinés, des confusions sont possibles. C’est le cas pour les cortinaires.

«Deux solutions existent pour repérer une trace de viscosité, conseille Jean-Jacques Roth, président de la Société Mycologique de Genève. Il faut observer les résidus qui pourraient être collés sur le pied, des bouts de feuilles mortes ou d’épines d’épicéa. C’est un signe de viscosité.» Le spécialiste recommande aussi le test du baiser. «On dépose le chapeau du champignon sur la lèvre. Si cette-dernière reste accrochée très légèrement, encore une fois, c’est qu’il y a de la viscosité.»

En cas de doute, mieux vaut faire vérifier sa récolte. A Genève, le Service de la consommation s'en occupe. Dans le Canton de Vaud, cela peut être fait au domicile des cueilleurs, dans certains postes de police ou par les communes. L'Association suisse des organes officiels de contrôle des champignons répertorie tous les lieux de contrôle.

Impacts à long terme

«Les racines des arbres et la partie souterraine du champignon appelé mycorhizien sont intimement liées. Si ce phénomène de forte chaleur et de sécheresse se répète pendant plusieurs décennies, certains arbres comme le hêtre risquent de ne pas le supporter de même que les champignons qui lui sont attachés, indique Emmanuelle Favre. L'augmentation des températures et la baisse d'humidité pourraient à long terme aussi changer nos consommations.»

Si le climat change, la végétation et donc les champignons pourraient changer. «C’est arrivé de trouver une truffe blanche à Genève», glisse la biologiste. Pour Jean-Jacques Roth, la saison des champignons pourrait être raccourcie à cause des changements climatiques. «Si les poussées démarrent plus tard, et que le gel arrive fin novembre ou début décembre, c'est un scénario que nous redoutons.»

L'espace commentaires a été désactivé
L'espace commentaires des articles de plus de 72 heures est automatiquement désactivé en raison du très grand nombre de messages que nous devons valider sur des sujets plus récents. Merci de votre compréhension.

Les commentaires les plus populaires

  • Jacques le 21.10.2018 21:32 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Mais bien sûr

    Faut pas être très malin pour confondre un Cortinaire des montagnes avec un remarquable. Un champignonneur qui se respecte ne cueille que les champignons quil connaît!

  • Will le 21.10.2018 21:32 Report dénoncer ce commentaire

    Journal 100% Suisse ?

    Marrant de voir que la grande majorité des articles du 20minutes tournent autour des sujets de Genève et de....la France.

  • G.C le 21.10.2018 21:23 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    mauvaise en forêt mais...

    par contre la récolte des champignons des pré n'a jamais été aussi bonne depuis 10 ans.

Les derniers commentaires

  • Kris le 22.10.2018 13:50 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Cogumelo 1er

    Vive les Cogumelo!!!

  • Mendrisiotto le 22.10.2018 12:03 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    ????????

    Bizarre, un panier plein de lépiotes ont été cueillies sur les hauts du canton de Neuchâtel. Il y a 1 semaine..

  • aurivella le 22.10.2018 10:09 Report dénoncer ce commentaire

    Bizarre...Bizarre...

    Si j'ai bien lu cet article, un champignon qui colle aux lèvres est bon et s'il ne colle pas il est mauvais !!! Au demeurant, le contrôleur se déplace chez les cueilleurs pour vérifier leur récolte !!!

  • Billy le 22.10.2018 09:20 Report dénoncer ce commentaire

    Merci

    Enfin un article intelligent avec un minimum de détail.

  • Bernard Gorgerat le 22.10.2018 07:53 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Patience.

    Attendez les premières précipitations et la récolte devrait être intéressante.