Genève

21 novembre 2019 20:32; Act: 21.11.2019 20:32 Print

L'ex-juge «a trahi sa compagne»

par Léonard Boissonnas - Un ancien magistrat genevois, accusé d’avoir contribué à faire perdre à son amie sa villa familiale, a été reconnu coupable de gestion déloyale aggravée, jeudi.

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La plaignante vit désormais dans un studio. (Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)

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Une faute?

Verdict de culpabilité pour l’ex-juge accusé d’avoir ruiné sa compagne. L’homme de 68 ans a écopé d’une peine de 16 mois de prison avec sursis, assortie d’un délai d’épreuve de trois ans. Le Tribunal de police l’a notamment reconnu coupable de gestion déloyale aggravée et de faux dans les titres.

Cent mille francs aux enchères, plus d'un million à la revente

L’homme de 68 ans était entre autres poursuivi pour avoir omis de régler pendant plusieurs années les intérêts hypothécaires de la villa de sa compagne, avec qui il vivait depuis plus de 20 ans. Il était accusé de lui avoir également dissimulé plusieurs procédures, dont une pour récupérer la maison, signé des documents en son nom, et de ne pas avoir réglé de nombreuses factures, ce qui a débouché sur des poursuites. La demeure avait finalement été mise aux enchères et sa propriétaire expulsée. Acquise pour 100'000 francs par une banque, la villa avait été revendue à un particulier pour 1,1 million.

Pour le tribunal, il ne fait aucun doute que l’accusé avait une position de gérant au sein du couple. A ce titre, «il lui incombait de régler les factures et de tenir au courant la plaignante que son logement était en jeu, puis en péril», a déclaré le président Patrick Monney. Le magistrat a souligné les propos du prévenu à l’audience, selon lesquels «il interceptait les courriers» adressés à sa compagne. Le sexagénaire a ainsi privé cette dernière de la possibilité de récupérer son bien. Il est par ailleurs établi, a relevé le président, qu’elle n’avait pas vu la lettre ordonnant l’évacuation, d’où sa surprise, corroborée par plusieurs témoignages, à l’arrivée de l’huissier, en septembre 2014. Ne rien dire à cette femme, victime d’un AVC en 2012, était un moyen «impropre» de gérer la situation, a estimé le tribunal.

Faute lourde

Au vu de son niveau de connaissance et de son passé de magistrat, le prévenu ne pouvait pas ignorer les conséquences de ses actes. Sa faute est lourde, relève le jugement: il a trahi la confiance de sa compagne et l’a ruinée. Il a contribué à lui faire vivre des «situations choquantes» telles que son expulsion. Le prévenu n’a pas pris conscience de sa faute et n’a émis aucun regret. Outre la peine privative avec sursis, il devra verser 1,1 million à la plaignante pour le dommage subi, soit le prix de vente effectif de la villa, ainsi que 4000 francs à titre de réparation pour tort moral.

Pour l'avocat de la plaignante, Me Robert Assaël, «ce jugement, bien motivé, redonne une dignité à ma cliente qui a eu le courage d’aller jusqu’au bout de la procédure et stigmatise sans concession le comportement odieux, froid et manipulateur de cet ancien juge.» La défense, elle, regrette que ce jugement de première instance oublie que, «derrière les actes, il n’y a pas seulement un ancien magistrat, mais surtout un homme qui, comme les autres, a le droit d’être faillible», a réagi Me Guillaume de Candolle, qui envisage de faire appel.