Genève

21 avril 2018 14:07; Act: 22.04.2018 19:40 Print

La Berce, symbole de protection du patrimoine

par Lucie Fehlbaum - Le Comité de protection des biens culturels de la Ville a monté une trousse de secours pour agir vite en cas de sinistre. Elle est présentée ce week-end aux Bastions

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La Berce contient le matériel nécessaire pour débuter en urgence le sauvetage de biens culturels. (Photo: Bibliothèque de Genève / Stéphane Pecorini)

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Le container rouge est posé au cœur des Bastions, devant le bâtiment de la Bibliothèque de Genève (BGE). A l'intérieur, un petit bureau et des étagères bien remplies. Autour, un groupe de jeunes femmes en gilets de sauvetage colorés expliquent aux curieux le concept de cette grande boîte à outils, répondant au doux nom de «Berce». A l'occasion des Journées des métiers d'art, un aspect méconnu de la restauration d'art se dévoile au public: le sauvetage. «La Berce est une chance unique au monde, salue Nelly Cauliez, conservatrice responsable à la BGE. Le Comité de protection des biens culturels (PBC) de la Ville l'a montée et se la partage équitablement.» Le MEG, le Musée d’art et d’histoire, le Museum, le Jardin botanique, l'Ariana, la BGE et d'autres encore ont chacun rempli une liste de souhait, en se posant la question: de quoi ai-je besoin en cas de sinistre pour sauver mes collections ? Le résultat se trouve dans ce container, mobilisé par le Service d'incendie et de secours (SIS). «Ils sont très impliqués, souligne la conservatrice. Ce sont eux qui amènent la Berce sur les lieux de l'incendie, cette image résume bien notre collaboration. »

«C'est une réponse au sinistre de l'école de Chimie, en 2008 (ndlr: un important incendie avait eu lieu à la Faculté des Lettres, à l'époque située au Boulevard des Philosophes. Des dizaines de milliers d'ouvrages avaient été endommagés, notamment par l'eau.) Nous avions été un peu sonnés et nous nous sommes dit qu'il fallait désormais former, écrire des plans d'urgences, faire des exercices et avoir du matériel», explique Nelly Cauliez. La Berce, mutualisée entre différentes institutions, contient différents besoins. «Le musée de l'Ariana par exemple, a besoin de tout petits conteneurs pour transporter ses collections. Le papier ménage, pour sécher des ouvrages, est utilisé par tous. »

61 km linéaires d'archives se partagent les rayons de la BGE, sous-terre pour une grande partie d'entre eux. Le plus ancien date du 2ème siècle avant Jésus-Christ. Les collections Calvin, Rousseau ou Voltaire, extrêmement précieuses, font partie du patrimoine genevois depuis des siècles. On comprend alors les raisons d'une organisation aussi stricte en cas de sinistre. «Notre système est très militaire. Moi, en tant que responsable des opérations, je porte un gilet rouge. Mon rôle est de faire de la coordination, entre actions sur le terrain et décisions prises au niveau supérieur. J'ai la clef de la Berce, un moyen de télécommunication. La Protection civile est avec nous et nous décidons ensemble de lancer tout ou partie du plan d'urgence», détaille Nelly Cauliez.

Ce week-end, pour les intéressés qui se sont inscrits aux découvertes de la Berce, un sinistre «pour de faux» touche une partie du fonds Rousseau (en réalité, des ouvrages en double ou triple sans rapport avec le fonds, voués à être débarrassés). Nelly porte un gilet rouge, son adjointe navigue entre les groupes. «En cas d'incendie, mon téléphone sonne au milieu de la nuit, raconte la conservatrice. Selon l'ampleur des dégâts, on contacte les spécialistes de restauration et de conservation, et d'autres employés de la BGE. Eux peuvent s'occuper du dépoussiérage, avec des aspirateurs spéciaux. On effectue aussi un tri, entre ouvrages précieux à traiter urgemment, et ceux qu'on peut racheter.»

Plusieurs options existent pour sauver un livre précieux, du simple papier ménage à la congélation à température très précise. «Et puis parfois, il faut amputer, sourit une conservatrice. Par exemple, si le texte est d'une grande valeur historique mais la reliure très abîmée .» Entre la Berce et les compétences de spécialistes, le patrimoine repose entre de bonnes mains.