Genève

25 avril 2016 10:45; Act: 25.04.2016 17:28 Print

La Turquie mécontente d'une photo aux Nations

Le consulat turc a demandé à la Ville de Genève de retirer un cliché exposé devant les Nations Unies. Le photographe s'indigne de la requête.

Sur ce sujet
Une faute?

Une banderole montrant le visage souriant d'un adolescent accompagné de cette phrase: «Je m’appelle Berkin Elvan, la police m’a tué sur l’ordre du Premier ministre turc.» La photographie, réalisée par le Genevois d'origine kurde et arménienne Demir Sönmez, n'a pas plu aux autorités turques. Le consulat turc a écrit à la Ville de Genève pour demander son retrait, relate lundi «Le Courrier». Une autre image d'une manifestation en faveur du leader kurde emprisonné Abdullah Ocalan pourrait aussi être concernée.

Exposée aux côtés de 57 autres clichés grand format sur la place des Nations, la photo a été prise, comme les autres, lors de rassemblements sur ladite place, en 2014. Elle fait référence à la mort d'un jeune Turc de 15 ans, touché par une grenade lacrymogène alors qu'il allait acheter du pain, au plus fort de la vague de protestation sur la place Taksim, en 2013. Le Premier ministre turc de l'époque, Recep Tayyip Erdogan, actuellement président, avait qualifié l'adolescent de terroriste.

Demandes «inacceptables»

Présent ce lundi après-midi sur la place des Nations, le photographe s'insurge des exigences turques. «C'est inacceptable, proteste-t-il. En Turquie, les journalistes qui critiquent le président sont soit emprisonnés soit perdent leur boulot.» Il rejette toute partialité de son exposition. «J'ai couvert 1800 événements en six ans. Je reste toujours neutre, estime Demir Sönmez. Il y a des photos pro et anti gouvernementales de tous les pays, mais aussi tous les thèmes comme l'écologie ou la liberté sexuelle.»

Il refuse de retirer de lui-même le cliché incriminé: «Je défends la liberté d'expression et d'information. Je ne l'enlèverai pas, c'est mon devoir de journaliste de ne pas cacher la vérité.» Demir Sönmez évoque même la possibilité de prolonger son exposition au delà de la date prévue, le 1er mai. «J'ai reçu beaucoup de messages de soutien, rapporte le photographe. Il faut voir si c'est possible de la laisser sur la place des Nations. Elle pourrait aussi être déplacée au quai Wilson ou à la plaine de Plainpalais.»

«Ingérence»

Le conseiller administratif Rémy Pagani précise au «Courrier» que c'est bien le fait que cette image se dresse à cet endroit-là, en plein dans la Genève internationale, qui gêne les autorités turques. Le magistrat explique qu'il serait «aberrant» de censurer le cliché tiré d'une manifestation qui «a bien eu lieu sur la place des Nations».

Le conseiller national PS Carlo Sommaruga, membre de la commission de politique extérieure, s'insurge contre «l'ingérence d'un Etat tiers dans les affaires internes de la Ville de Genève pour lui demander de limiter la liberté d'expression». Son collègue de commission, le conseiller national UDC Yves Nidegger relève, lui, que la place des Nations «ne servirait à rien» si elle n'accueillait plus des mouvements de défense des droits de l'homme.

Le Conseil administratif de la Ville devrait discuter mardi de la position à adopter. Comme le rappelle «Le Courrier», le Canton avait refusé en 2014, sous pression d'Ankara et de Berne, que la Ville installe les Réverbères de la mémoire, en souvenir du génocide arménien, près de l'ONU.

(leo/jcu)