Genève

08 novembre 2018 21:35; Act: 09.11.2018 09:31 Print

La santé mentale des sans-papiers est mauvaise

par David Ramseyer - L'Uni a lancé une vaste étude sur les bénéficiaires de l'opération de régularisation des clandestins. Les premiers résultats sont connus.

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Les sans-papiers sont souvent employés dans l'économie domestique. (Photo: Frank May)

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Sans permis, «on vit toujours dans la crainte; même la sonnerie de la porte fait peur, à cause de la police». Ainsi témoignait une clandestine brésilienne, il y a 18 mois, alors que le Canton présentait son opération Papyrus. Fin 2017, l'Université de Genève a lancé Parchemin: une étude pour déterminer les effets de la régularisation sur les sans-papiers. Avant d’en connaître les résultats, dans quatre ans (cf. encadré), les chercheurs ont fait un état des lieux sur l'état de santé actuel des clandestins: il met en lumière leur détresse psychique.

Davantage de dépressions

«Ils sont plus nombreux à souffrir de maladies chroniques par rapport à la population résidente en Suisse et ils sont particulièrement atteints dans leur santé mentale, décrypte le docteur Yves Jackson, co-responsable de l'enquête. Leur situation les place dans un stress permanent. Ces gens s'exposent davantage à la dépression et à l'anxiété.» Parmi les sans-papiers, ceux qui ne répondent pas aux critères d'éligibilité de Papyrus sont davantage atteints.

Les recherches déjà effectuées montrent aussi qu'au même âge et avec le même niveau socio-économique, les individus en situation irrégulière jugent leur état de santé moins bon que les autres habitants du pays. Un constat par trop subjectif? Il faut pourtant en tenir compte, insiste le Dr. Jackson: «L'auto-évaluation est un excellent indicateur de risques de maladie à long terme. Les gens qui pensent qu'ils vont tomber malade sont plus susceptibles de le devenir que ceux qui s'estiment en bonne santé».

Descente aux enfers

Enfin, les sans-papiers, dont les revenus sont limités, renoncent souvent aux soins médicaux et à l'achat de médicaments. En 2010 à Genève, la proportion de résidents dans cette situation était de 14%. L'an passé, elle était de 22% parmi les personnes en cours de régularisation, et de 38% parmi celles restées dans la clandestinité.

Depuis 15 ans qu'il travaille au contact de cette population, le responsable du syndicat Sit pour Papyrus n'est pas surpris de ces résultats: «Les exemples sont légion, assure Thierry Horner. Un clandestin tombe malade ou se blesse et ne se soigne pas car son accès aux soins est très limité. Il travaille alors de moins en moins, puis se retrouve sans ressource et tombe en dépression. C'est la descente aux enfers».