Genève

07 avril 2019 20:50; Act: 09.04.2019 20:29 Print

La télécabine urbaine est tout proche de dérailler

par David Ramseyer - Une majorité pourrait refuser cette semaine au Grand Conseil le crédit d'étude pour un transport à câble. Le coup serait fatal au projet.

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Les opposants craignent quune télécabine empiète sur la vie privée, en survolant des jardins. (Photo: Istock)

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Un «non» des députés, et l'idée d'une télécabine urbaine sera «morte», jugent des élus de tous bords. Le Département des infrastructures (DI) confirme: «On ne pourra pas revenir à la charge avec un nouveau projet sur la même thématique». Dès mardi, le parlement devrait se prononcer sur un crédit d'étude de 3 millions de francs pour une liaison en télécabine entre Bardonnex (GE), à la frontière sud du canton, et l’aéroport. PLR, UDC, MCG et Ensemble à Gauche s'y opposent; PS, PDC et Verts sont pour. Une majorité se dessine donc pour enterrer le projet. Mais elle reste fragile. Au sein même des partis, les avis divergent.

Efficacité et écologie

Dans le camp du «oui», le Vert François Lefort insiste sur un projet «compétitif financièrement, écologique, et efficace en terme de passagers transportés ainsi que de vitesse commerciale». Selon l'élu, le téléphérique a aussi l’avantage de pouvoir être construit rapidement, dans un canton où la demande est forte pour créer des axes de mobilité «transversaux», qui contournent le centre urbain. Maire de Confignon, la PLR Sylvie Jay abonde: «La télécabine urbaine ferait diminuer le transit routier important que subit notre commune».

Ex-PDC et désormais député indépendant, Guy Mettan observe aussi que la liaison soutenue par l'Etat est nécessaire «pour offrir ce que beaucoup d'autres villes ont déjà: des axes de transports en périphérie, qui en plus se jouent facilement des obstacles, puisque l'emprise au sol d'un tel dispositif est forcément très faible.»

Des millions pour rien

Il faudra en réalité construire plusieurs routes carrossables, rétorque le camp adverse, car chaque pylône - où qu'il se trouve, même en plein champ - devra obligatoirement être accessible aux secours. Cela promet de très nombreux recours, professent les opposants. Ils dénoncent aussi l'impact sur le paysage et l'atteinte à la vie privée, lorsque les cabines survoleront des jardins de maisons ou seront à hauteur d'immeubles.

L’utilité du projet est aussi remise en doute. «Le tracé est ridicule! peste l'UDC Stéphane Florey. Il longe en bonne partie l'autoroute de contournement. Les gens continueront donc à se rendre à l’aéroport en voiture.» Pour son collègue PLR, Serge Hiltpold, «Genève n'a pas les moyens de mettre des forces et d'engager des centaines de millions de francs dans un projet qui nous détournerait d'autres dossiers importants, comme l'extension des lignes de tram».

Quelle que soit l'issue du vote, une liaison transversale reste cependant «nécessaire pour le futur de Genève, compte-tenu des nouveaux quartiers planifiés», appuie Roland Godel, porte-parole du DI. A défaut de passer par les airs, elle pourrait s'effectuer sur rails, pour compléter le réseau Léman Express. Mais le Canton prévient: il faudra alors décrocher des financements fédéraux pas toujours évidents à obtenir, et les délais d'une mise en service seront bien plus longs.