Genève

10 octobre 2019 06:06; Act: 11.10.2019 17:31 Print

Le Léman Express ne pourra pas suffire

par Léonard Boissonnas - Pour réduire le trafic dans le Grand Genève et son impact négatif, il faudra miser sur d’autres solutions que les grands projets d’infrastructures, estime une chercheuse.

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La mise en service du Léman Express est prévue pour le 15 décembre. (Photo: Keystone/Martial Trezzini)

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«Au vu des dynamiques démographiques, on se rend compte que le Léman Express ne suffira pas», déclare Marie Dégremont, chercheuse à France Stratégie*. Elle est l’auteure d’une étude sur la mobilité dans le Grand Genève et son impact dans le développement durable, parue en mai.

Entre 1990 et 2014, la hausse de population dans la région s’est élevée à 37% contre 13% au niveau national français, souligne le document**. Le nombre d’entrées de véhicules dans le centre de Genève a, lui, augmenté de près de 46'000 unités entre 2002 et 2011. Pour rappel, les autorités tablent sur 50'000 passagers par jour pour le RER transfrontalier. «Si on se base uniquement sur des projets d’infrastructures, ce sera toujours une course sur laquelle on aura un wagon de retard, poursuit la chercheuse. Les collectivités locales et surtout les services s’en sont rendus compte et mènent beaucoup d’actions pour limiter le besoin de mobilité.»

Prévu pour une hausse des besoins

Le Canton estime que le Léman Express a «le potentiel d’entraîner une baisse du trafic frontalier de 12%.» Le RER a toutefois été «prévu pour faire face à l’augmentation des besoins», avec une possibilité d’allonger les convois et «même de faire circuler des trains à 2 étages», souligne le Département des infrastructures.

Outre le développement prévu de l’offre en transports publics et en mobilité douce comme les extensions de lignes de tram vers la France voisine ou celle de la Voie Verte vers Saint-Genis via Carouge, l’Etat et ses partenaires français travaillent sur des solutions complémentaires: le covoiturage avec notamment la ligne «HéLéman» lancée ce printemps et la voie réservée depuis l’an passé à la douane de Thônex-Vallard ou le télétravail avec la création d’espaces de coworking dans des lieux situés en amont de la congestion routière. En parallèle à ces mesures, le transport à la demande, qui est une alternative dans les secteurs moins bien desservis en transports publics, constitue un «axe de travail».

Enfin, à plus long terme, le Canton veut étendre le réseau du Léman Express avec une nouvelle ligne diamétrale qui permettra notamment de relier directement le secteur de l’Aéroport depuis la Haute-Savoie. Celle-ci pourra, en fonction de la volonté des autorités françaises, être amenée à se raccorder au réseau ferroviaire dans l’Ain ou sur la ligne Bellegarde-Annemasse.

Plus de 400'000 passages quotidiens

Certains chiffres cités par l'étude de Marie Dégremont sont particulièrement éloquents. La mobilité transfrontalière représente 400'000 passages de douanes quotidiens, selon des données publiées en 2017. Les déplacements domicile-travail ne se font pas qu'en direction de la ville de Genève: la moitié d'entre eux restent internes au Genevois français. Seuls 6% du total de ces déplacements s'effectuent en transports en commun. Le véhicule individuel prédomine (67%), selon une donnée de 2016.

Lors de la pointe du soir, le taux d'occupation des grands axes est supérieur à 70%, et, en certains points critiques, au-delà de 110%, le seuil de congestion se situant autour de 33%. Cela a des impacts environnementaux importants. En 2016, la qualité de l'air a été classée de moyenne à très mauvaise durant 129 jours dans le Genevois français, contre 93 jours en Ile-de-France. Cela ne veut pas dire que la situation est plus préoccupante dans l'une ou dans l'autre de ces agglomérations, précise l'experte, «mais cela montre que, dans les deux cas, le problème est sérieux.»

Selon les chiffres de l'Etat pour l'année 2018, le nombre de véhicules traversant chaque jour les limites cantonales s'élèvent à 446'700: 241'100 à la frontière avec la Haute-Savoie, 92'900 à celle avec l'Ain, et 112'700 à celle avec le canton de Vaud.

*organisme d'analyse et de prospective placé auprès du Premier ministre, conseillant l’administration et le gouvernement français.

**Le Grand Genève comptait 947'000 habitants, selon des données publiées en 2016.