Grand-Saconnex (GE)

15 mai 2019 18:44; Act: 16.05.2019 08:25 Print

Le centre fédéral pour requérants fait des vagues

par David Ramseyer - La demande d'approbation du futur centre fédéral pour l'asile est lancée. Des députés s'insurgent. La Confédération se veut rassurante.

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La consultation pour les plans du centre fédéral pour requérants d'asile, prévu dès 2022 au Grand-Saconnex (GE), a démarré il y a quinze jours. Ce mercredi, le Secrétariat d'Etat aux migrations et le Conseil d'Etat ont détaillé le projet, tout en balayant les craintes émises notamment par des associations d'aide aux réfugiés ainsi que par la gauche et le PDC genevois.

Prévue juste à côté de l'aéroport, en lieu et place des actuels bâtiments qui hébergent déjà des requérants, la construction des lieux découle de la nouvelle loi fédérale sur l'asile, entrée en vigueur le 1er mars dernier après son adoption le 5 juin 2016 par 66,8% des Suisses. Celle-ci prévoit d’accélérer les procédures, en limitant à 140 jours le délai de décision des autorités.

Budgété à environ 25 millions de francs, payés par Berne, le centre comptera 250 places, contre 170 aujourd'hui, pour des personnes en attente d'un renvoi ou d'une décision. Pas de chambres mixtes prévues: les familles et les mineurs bénéficieront en effet d'espaces séparés. Tout le monde aura accès à des soins médicaux. Des activités sportives et récréatives figurent également au programme, tandis que les enfants seront scolarisés. Mais les lieux seront gardés et les heures de sortie limitées.

Presque une prison

Ces deux derniers points suscitent la colère de la Coordination asile.ge qui décrit «un environnement sécuritaire à la limite du carcéral». Elle ajoute qu'ériger un complexe à côté du tarmac de l'aéroport évoque des renvois forcés, «ce qui confine à la torture psychologique» pour les requérants. Sans parler du bruit et de la pollution qui suscitent des questions sanitaires, selon la Coordination.

Dans une lettre ouverte, les partis de l'Alternative, ainsi que le PDC, s'insurgent aussi que l'Exécutif ne tienne pas compte d'une motion récemment déposée au Grand Conseil genevois, qui invite le Conseil d'Etat à renoncer au projet. «Les centres fédéraux tiennent davantage de lieux de semi-détention que de lieux d'accueil», d'après les députés signataires. Lesquels reprochent également au gouvernement sa conférence de presse de ce jour, alors qu'ils attendent une réponse de sa part: «Considère-t-il respecter les institutions politiques du canton en faisant mine d'ignorer une motion votée par la majorité du Grand Conseil?».

Crédibilité du Canton

Le conseiller d'Etat chargé de la sécurité, Mauro Poggia, assure que la réponse du collège gouvernemental va tomber prochainement, tout en précisant qu'une motion «n'a pas valeur d'injonction obligatoire. De plus, nous avons signé un accord en 2016 avec la Confédération et les communes pour créer ce centre, relève le magistrat. Il en va de la crédibilité du Canton de respecter sa parole». Le conseiller d'Etat rappelle aussi que le processus en est à ses débuts, que rien n'est figé. «Nous gardons une marge de manœuvre pour discuter des horaires ou encore de la scolarisation des enfants de familles destinées visiblement à rester en Suisse.»

De son côté, le SEM confirme être ouvert à la discussion. Chef du service pour la Suisse romande, Pierre-Alain Ruffieux rappelle aussi que «l'on parle d'hébergement temporaire, pas de logement», avec une insonorisation optimale pour lutter contre le bruit de l'aéroport. Les installations et l'encadrement se feront dans le respect des droits des requérants, insiste-t-il.