Genève

14 janvier 2020 06:59; Act: 14.01.2020 14:14 Print

Le gérant d'un bar fermé pour rébellion condamné

par Maria Pineiro - L'interpellation mouvementée d'un homme dans son restaurant vaut à son directeur une condamnation pour empêchement d'accomplir un acte d'autorité.

Le Diamant Noir a été fermé une douzaine de jours pour troubles de l'ordre public.
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Vingt jours-amende avec sursis pour le gérant d'un restaurant et quinze pour une serveuse. C'est ce à quoi ils ont été condamnés pour empêchement d'accomplir un acte officiel. Un client de l'établissement, interpellé de manière mouvementée à la suite d'un contrôle d'identité auquel il avait tenté de fuir, a lui écopé de six mois de prison avec sursis au chef de menaces et violences envers la police, ainsi que pour lésions corporelles simples. Voilà comment s'est soldée vendredi, devant le Tribunal de police, une opération de police pour le moins agitée au restaurant-club, Diamant noir, à Chantepoulet, en septembre 2019 (lire encadré). Le directeur de l'établissement, ainsi que de nombreux clients avaient fortement réagi à l'interpellation, certains avaient filmé la scène. L'établissement avait été fermé durant une douzaine de jours pour «cause de perturbation grave et flagrante de l'ordre public».

Pour le Ministère public, il s'agit «d'un banal contrôle d'identité qui a mal tourné». Judith Levy-Owczarczak, la procureure, a estimé que, le soir des faits, personne n'a respecté la police. Elle a relevé que les employés et clients du Diamant noir avaient «filmé l'intervention, invectivé les inspecteurs, refusé d'obtempérer et perturbé l'intervention des forces de l'ordre». Des actes qui, selon le président du Tribunal de police, sont constitutifs du délit d'empêchement d'accomplir un acte officiel.«Empêcher, ce n'est pas arrêter complètement une intervention, c'est simplement rendre plus difficile son accomplissement», a-t-il expliqué aux prévenus en préambule. «Vous avez créé un climat qui a occasionné le trouble, tournant autour des policiers, les filmant de manière insistante», a-t-il poursuivi à l'attention du gérant, l'accusant d'avoir permis la fuite de trois personnes et l'intervention musclée de la police.

Policiers «en mode cow-boy»

Ce dernier s'en est défendu. Il a dit avoir compris que les quatre personnes qui avaient fait irruption dans l'établissement étaient des policiers. Néanmoins, il a reproché aux agents leur agressivité et a expliqué avoir voulu «protéger l'image de son restaurant». Son employée qui a également immortalisé les faits, était aussi jugée pour avoir agrippé l'épaule d'un agent, ce qui avait permis à la personne interpellée de donner un violent coup de pied à une inspectrice. «J'étais en panique» a-t-elle indiqué au Tribunal. Quant au troisième prévenu, qui avait tenté de se soustraire au contrôle et à la fouille avant d'être rattrapé et ceinturé au sol par trois inspecteurs, il affirme avoir bien entendu les inspecteurs s'annoncer comme policiers, puis en avoir douté au vu de l'ambiance générale. Il dit avoir étouffé sous le poids des agents qui l'immobilisaient, ce qui explique qu'il se soit débattu. Quant au coup de pied dans le visage de l'inspectrice, il a affirmé qu'il s'agissait d'un acte «involontaire».

Pour les avocats des prévenus, les choses sont claires: si les policiers s'étaient comportés de manière adéquate, tout se serait bien passé. Or, a estimé Me Studer, le contrôle d'identité n'était pas objectivement justifié. «Malgré toutes nos questions durant la procédure, on ne nous a jamais donné le motif de cette intervention.» Pour sa consoeur, Me Eve Dolon, les inspecteurs sont entrés dans le bar «en mode cow-boy. Dans cette affaire, il faut tenir compte du contexte, interroger l'attitude des représentants de l'Etat». Enfin, pour Me Jonathan Cohen, les agissements reprochés au gérant, à son employée ainsi qu'à certains clients, ne sont que «la réaction citoyenne de gens choqués. Les méthodes de la police posent problème».

Les conseils des prévenus n'auront que peu adouci les peines requises par le Ministère public. Les trois accusés écopent de peines avec sursis, le Tribunal retenant qu'ils savaient avoir à faire à la police. Le gérant se voit reprocher d'avoir «causé la confusion et fait monter la tension». Quant aux méthodes de la police, elles sont qualifiées de «conformes à ce que l'on peut constater d'habitude».