Genève

08 mars 2019 17:58; Act: 09.03.2019 11:54 Print

Le groupe des agresseurs, «pas un gang organisé»

Les deux prévenus comparaissant pour l'agression de Saint-Jean en 2017, n'avaient aucune «intention homicide», ont fait valoir leurs défenseurs. Pas plus que leur bande n'avait planifié l'attaque.

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Les avocats des prévenus ont tenté de sauver la mise de leurs clients vendredi. (Photo: Keystone)

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Les accusés n'avaient aucune intention de tuer, et ils n'avaient pas prémédité leur acte: c'est ce qu'ont défendu, vendredi, les avocats des deux jeunes de 20 ans, accusés d'avoir participé à la violente agression survenue le 7 janvier 2017 dans le quartier de Saint-Jean. Leurs trois comparses, mineurs au moment des faits, seront jugés séparément. Les défenseurs se sont appliqués à tenter de démonter la thèse retenue la veille par le Ministère public et les parties civiles. Des peines de 14 ans et demi et de 14 ans de prison avaient été requises à l'encontre de L. et D. pour double assassinat.

Une «bande de jeunes cons»

Dire que L. avait l'intention de tuer est «un délire absolu», a déclaré son avocat, Me Guerric Canonica. «Et si on avait plutôt affaire à une bande de jeunes cons qui ont dérapé sans vouloir faire ce qu'ils ont fait?», s'est interrogé, de son côté, Me Guillaume de Candolle, avocat de D. La défense a brossé le portrait d'un groupe qui «se prend pour une famille», qui a certes conclu un pacte de solidarité, mais pas un pacte pour «aller niquer des gens en 2017», contrairement aux propos d'un des mineurs, contestés par les autres prévenus.

Effet de groupe

A l'opposé de ce qu'a avancé l'accusation, la bande n'était pas organisée. «Vous n'avez pas à juger d'un gang qui se serait organisé pour planifier un braquage», a dit Me Guillaume de Candolle. Le soir des faits, il n'y a pas eu de préméditation, il n'y a pas eu de répartition des rôles, ni des «armes» (ndlr: une batte de base-balle et un casque), a plaidé Me Simine Sheybani, avocate de L. Le groupe, qui avait passé la soirée à boire, ne s'attendait pas à la bagarre. Celle-ci a été déclenchée par celui que le groupe surnomme le «petit», a insisté la défense. Les autres, surpris, ont suivi sans réfléchir, obéissant à la règle de solidarité qui les liait. «Il y a un effet de groupe, c'est une réalité», a rappelé Me Guerric Canonica.

Deux scènes distinctes

Son client a asséné deux coups sur la première victime, T., mais rien n'atteste qu'ils aient été donnés à la tête. Les pires lésions ont été commises par deux des trois accusés mineurs, alors que L. se trouvait à 200 mètres de là, vers le temple de Saint-Jean, avec l'autre victime, S.: «On ne peut pas lui imputer ce qu'il se passe à 200 mètres du lieu où il se trouve, a plaidé son défenseur. Ce sont deux scènes de violence distinctes.» Me Guerric Canonica a souligné le peu d'élaboration psychique de L. au moment des faits, de sorte qu'il ne pouvait envisager une issue fatale. «Il n'est pas devenu assassin en deux secondes». De plus, l'alcool a joué un rôle, puisque L., selon l'expert psychiatre, souffre d'un trouble de la personnalité qui, avec seulement deux verres, peut entraîner une modification de son comportement. Sa responsabilité est donc restreinte.

Un rôle secondaire

D., lui, occupait un rôle secondaire dans le groupe, selon son avocat. Présenté comme celui qui voulait calmer en général le jeu, «sa participation est le fruit d'une impulsion destinée à protéger les autres», a déclaré Me Guillaume de Candolle. «Mon client n'a jamais cherché la bagarre»,a -t-il ajouté. L'homme de loi a rappelé que son client ne s'en est pas pris à T. et que, s'il a participé à l'agression de S., «il n'a jamais voulu ni envisagé le résultat». S'il a avoué au cours de l'instruction avoir asséné des coups de pied à la tête de S., c'est qu'il est très influençable et qu'il s'est laissé convaincre par la police, le procureur ou encore ses codétenus qu'il avait visé cette partie du corps. La preuve retenue par le Ministère public, à savoir une tache supposée de sang sur sa chaussure, ne tient pas, a fait valoir Me Guillaume de Candolle. Il a expliqué que l'analyse a en effet conclu qu'il ne s'agissait pas d'une tache de sang et que l'ADN retrouvé dessus ne correspond à aucune des deux victimes.

Expulsion contestée

Les défenseurs ont réclamé une peine pour agression et relevé le jeune âge des deux accusés, qui peuvent encore envisager un avenir, au-delà de la peine de prison. Me Guerric Canonica a demandé une «peine tournant autour des dix ans». Me Guillaume de Candolle a contesté la demande d'expulsion pour une durée de 15 ans réclamée la veille à l'encontre de son client. Originaire du Brésil, ce jeune homme n'y a passé que sept ans et demi avant de rejoindre sa mère en Suisse, où il a fait sa scolarité, où il a des amis, une vie sociale et des promesses d'avenir professionnel. Son niveau de portugais est mauvais. Dès lors, les conditions pour garantir sa réintégration dans son pays d'origine ne sont pas réunies, a argumenté son avocat.

«Honteux, dégueulasse»

A l'issue des débats, les deux prévenus ont pris la parole pour s'excuser auprès des victimes et de leur famille. «J'aimerais m’excuser de leur avoir enlevé leur vie d’avant, a déclaré L. C’est honteux, c’est dégueulasse, je n’avais pas le droit de faire ça.» «Malheureusement je n’ai pas pu donner d’explications, a déploré D. J’ai dit tout ce dont je me souvenais. J'aimerais revenir en arrière, mais malheureusement je ne peux pas.»

Le verdict du Tribunal criminel est attendu mercredi à 16h.

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