Genève

09 juillet 2014 21:43; Act: 09.07.2014 22:35 Print

Le juge a du mal à avaler la version du restaurateur

Agacé par les propos vaseux d’un patron de bistrot accusé d’avoir exploité des sans-papiers, le magistrat genevois a décidé de reporter l’audience.

Une faute?

Les imprécisions et l’absence de documents auront eu raison de la patience du président du Tribunal de police de Genève, mercredi. Un restaurateur y était jugé pour avoir profité de la situation précaire de ses employés, entre 2009 et 2010. L’accusé, un Bangladais âgé de 46 ans, n’a pu déterminer clairement combien étaient payés les quatre plaignants, des compatriotes sans-papiers. Quel était leur salaire? «4000 francs net», a affirmé entre autres chiffres le prévenu. «Vous allez me dire que vous les payiez plus que le prévoit la loi?» s’est étonné le magistrat. «Vous savez, dans un restaurant, il y a deux parties. La cuisine, c’est quand vous faites à manger. L’autre, c’est quand vous devez payer vos employés, la TVA, les charges, etc.»

L’accusé s’est montré incapable de répondre. Son ignorance de la gestion d’un restaurant a mis à rude épreuve les nerfs du juge, qui a toutefois su garder son calme. En début d’audience, il avait refusé de retarder le procès pour que de nouvelles preuves soient déposées. Au terme de plus de trois heures de débat, il a cédé. L’accusé a jusqu’au 30 septembre pour fournir la comptabilité des années concernées.

Selon les plaignants, ils étaient payés entre 500 et 1000 fr. par mois à 100%. «Si vous demandez vos salaires, je vous dénonce à la police», leur aurait dit le patron. Pour leur faire peur, il aurait fait allusion à un certain Gandhi, qui aurait tué un homme sans être poursuivi. Après avoir contacté un syndicat, les plaignants auraient été agressés physiquement par l’accusé à leur domicile. Celui-ci se serait ensuite envoyé des lettres de menaces afin de dénoncer ses employés.