Genève

31 juillet 2019 15:04; Act: 31.07.2019 16:09 Print

Les chauffeurs Uber sont en désaccord avec Poggia

par Jérôme Faas - Une dizaine de conducteurs ont remis ce mercredi une pétition au conseiller d'Etat. Ils lui demandent de les laisser travailler comme indépendants.

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Philippe Frezier (à gauche) accompagné d'une dizaine d'autres chauffeurs officiant pour Uber a déposé ce mercredi une pétition destinée au conseiller d'Etat Mauro Poggia. (Photo: 20 Minutes / jef)

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«M. Poggia, laissez-moi mon indépendance.» Une pétition intitulée de la sorte a été transmise ce mercredi au conseiller d'Etat MCG chargé de l'Emploi. Le texte, lancé sur une plateforme en ligne voici deux semaines, a été remis muni de 507 signatures, dont «une très grande majorité de chauffeurs Uber», explique son initiateur Philippe Frezier, qui travaille lui-même avec l'entreprise américaine.

«Je ne veux pas aller à l'Hospice»

L'homme, qui assure ne pas être en service commandé pour Uber («Attention, je ne suis pas là pour représenter Uber, je suis là pour faire représenter mes intérêts») s'inquiète des conséquences que pourrait avoir sur ses revenus d'une possible interdiction des activités du géant californien, dans leur forme actuelle, par le canton. «Si demain Uber ferme, je n'aurai plus de travail. Je ne veux pas aller à l'Hospice général. Nous, notre souhait, c'est de rester indépendants. On ne veut pas être commandés ni respecter des horaires.»

Deux point de vue opposés

La politique de Mauro Poggia en matière de VTC (véhicules de tourisme avec chauffeur) se trouve à l'origine du litige. D'un côté, Uber estime n'être qu'un diffuseur de courses. La société ne considère donc pas que ses chauffeurs sont ses employés. Elle les traite comme des indépendants. Ils paient eux-mêmes leurs cotisations sociales. Le conseiller d'Etat, pour sa part, souhaite qu'Uber opère en tant que transporteur, emploie ses chauffeurs et paient leurs cotisations sociales.

Le 26 juillet, le patron d'Uber a annoncé, dans un message audio à l'attention de ses chauffeurs, nommés «partenaires», que si son entreprise n'est pas entendue, elle cesserait ses opérations définitivement à Genève. La chose inquiète les pétitionnaires, dont l'avis est résumé par Philippe Frezier. «Peut-être qu'Uber va s'arrêter, et pour beaucoup de gens, ce serait une catastrophe.»

Ce mercredi, les onze chauffeurs présents devant l'Hôtel-de-Ville insistaient sur un point: ils sont bien des indépendants, puisque la plupart d'entre eux, assurent-ils, travaillent avec plusieurs sociétés. Uber bien sûr, mais aussi Lymo, Driven ou Kapten. Autrement dit, ils ne sont pas des employés d'Uber. Ils soulignent aussi que depuis 2016, ils ont tout fait pour se conformer à la loi, et se sentent aujourd'hui pénalisés. «La loi sur les VTC a été mise en application en juillet 2017. Jusque-là tout allait bien, M. Poggia arrive, et ça ne va plus.»

«Retour au XXe siècle»

Avocat de plusieurs chauffeurs, Vincent Maitre (qui est aussi député PDC) s'offusque du revirement du canton. «Ce statut de diffuseur de courses a été créé exprès pour ces chauffeurs, et aujourd'hui on revient en arrière. Il s'agit d'un retour au XXe siècle.» Murat Alder, député PLR également présent sur les lieux, renchérit. «Cette loi a précisément été élaborée pour permettre à la profession d'évoluer dans un cadre moderne. Les services de Mauro Poggia prennent des libertés avec la volonté exprimée par le législateur.»