Genève

09 décembre 2019 18:58; Act: 09.12.2019 20:49 Print

Les déboires de l'avocate belge enrichissent Genève

par Jérôme Faas - La femme qui a volé 815'000 actions valant à ce jour 63 millions aux héritiers du roi de la bière a été condamnée pour blanchiment. Le Canton empoche un pactole.

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Photo d'illustration. (Photo: Keystone)

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Les chiffres donnent le vertige: au total, les avoirs retrouvés sur les comptes de la prévenue et dont le Tribunal correctionnel a acquis la conviction qu'ils ont été amassés de manière criminelle atteignent 88 millions d'euros. La condamnation de cette avocate belge de 57 ans constitue donc une très bonne affaire pour les plaignants, les deux frères Bailo de Spoelberch, héritiers du plus grand empire brassicole mondial, AB InBev (Stella, Corona, Budweiser, etc.); mais aussi pour l'Etat de Genève, qui s'apprête à récupérer au passage quelque 30 millions d'euros (32,7 millions de francs suisses).

Plusieurs comptes en Suisse

Il était reproché à l'accusée, qui a longtemps géré les affaires de la richissime famille belge, d'avoir subtilisé 815'000 actions au porteur de la société alors nommée Interbrew entre la mi-décembre 2004 et mars 2005. Elles valaient alors 22,5 millions d'euros. Elles dépassent aujourd'hui les 58 millions d'euros (63 millions de francs suisses). Ces titres, qui avaient longtemps disparu, ont été localisés sur plusieurs comptes suisses de la prévenue en 2016.

Quelque 30 millions pour Genève

Le Tribunal correctionnel a reconnu l'avocate coupable de blanchiment d'argent et de faux dans les titres. Pour ces faits, il l'a condamnée à 30 mois de prison, dont la moitié avec sursis. Elle ne sera pas incarcérée en Suisse, ayant déjà effectué 16 mois de détention préventive. Au plan pécuniaire, elle doit rendre 35 millions d'euros à une société appartenant à la famille Bailo de Spoelberch, ainsi que 327'600 actions AB InBev, qui valent 23 millions d'euros à ce jour. Le reste des montants séquestrés, soit 30 millions d'euros, reviendra donc à l'Etat de Genève, en partant du principe qu'un condamné ne peut s'enrichir grâce à un crime.

Explications «pas du tout crédibles»

Le Tribunal correctionnel n'a pas été convaincu par les explications de l'avocate d'affaires, qu'il a jugées contradictoires, fluctuantes et «pas du tout crédibles». Il a considéré qu'elle avait profité de la vulnérabilité des frères Bailo de Spoelberch et de leur mère, aujourd'hui décédée, pour leur faire signer toutes sortes de documents parfois contradictoires entre eux. «Elle a abusé de la situation et profité de sa position de force et de la confiance de ses clients» pour les dépouiller. Les juges ont qualifié sa faute de «très grave», soulignant «la subtilité de sa méthode et le soin mis à dissimuler toute trace», les actions transitant sur divers comptes à de multiples reprises.

Prison au Luxembourg

La condamnée doit encore purger une peine de 9 mois de prison au Luxembourg, où elle a été condamnée pour tentative d'escroquerie au détriment de la mère adoptive aujourd'hui décédée des frères Bailo de Spoelberch: elle lui avait fait établir en 2005, vraisemblablement sous la dictée, un testament (finalement annulé) la désignant comme sa légataire universelle. Elle doit être extradée pour ces faits, alors que le Tribunal correctionnel, se déclarant incompétent sur ce volet, a refusé de la faire arrêter au terme de l'audience ainsi que le réclamait l'Office fédéral de la justice.