Genève

14 septembre 2018 18:04; Act: 14.09.2018 18:04 Print

L'Etat veut imposer des sacrifices à ses employés

par Lucie Fehlbaum - Le gouvernement souhaite ne verser qu'une annuité sur deux aux fonctionnaires et diminuer leurs conditions salariales à l'embauche.

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Le Conseil d'Etat in corpore a présenté sa feuille de route économique et politique vendredi matin. (Photo: Keystone/Salvatore di Nolfi)

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Le Conseil d'Etat a réuni la presse vendredi matin pour une très copieuse conférence de presse: projet de budget 2019, programme de législature 2018-2023 et plan financier quadriennal 2019-2022 ont été présentés sous la houlette d'Antonio Hodgers, nouveau président du Conseil d'Etat.

Si le projet de budget 2019 prévoit un déficit de 89 millions, le gouvernement prédit un retour aux chiffres noirs dès 2021. Pour y parvenir, des mesures sont prévues: 596 millions de francs à économiser en quatre ans. Près de la moitié de ces économies touchent la fonction publique, qui sera amputée de 281 millions. Des annuités un an sur deux, pas d'indexation et l'engagement des nouveaux fonctionnaires deux classes salariales en-dessous des grilles actuelles permettront ces économies. «Des négociations sont en cours avec les représentants du personnel, a révélé la nouvelle ministre des Finances, Nathalie Fontanet. Nous n'avons pu les mener à bien pour la mi-septembre à cause de la pause estivale.»

Coup au moral

Marc Simeth, patron du Cartel intersyndical de la fonction publique, juge que «cet effort supplémentaire exigé des employés de l'État aura des répercussions sournoises sur le moral du personnel, sur son pouvoir d'achat et, par effet de vases communicants, sur les revenus de la fiscalité genevoise. Dans ces conditions, l'attractivité de la fonction publique est remise en question de manière dangereuse.» Il regrette que «les fonctionnaires se retrouvent une fois de plus au centre des mesures d'économie, après quatre années de coupes linéaires».

«Très optimiste»

«C'est illégitime d'arriver avec des mesures avant d'être au clair dans les négociations avec la fonction publique, estime Carole-Anne Kast, présidente du Parti socialiste genevois. L'Etat se déresponsabilise, dans son rôle d'employeur, des coupes.» En clair, en proposant des mesures qu'il saurait irréalistes, il forcerait le Grand Conseil, qui ne peut pas aggraver le budget, à choisir lui-même d'autres économies. Selon la présidente du parti, «demander à la fonction publique de travailler toujours autant pour gagner moins ne résoudra pas le problème des secteurs où les employés sont en sous-effectif chronique».

Pour le PDC, d'ordinaire favorable aux coupes concernant les fonctionnaires, «on est passé d'un budget conservateur à un budget trop optimiste. Il sera difficile à mettre en place, considère Olivier Cerutti, député et commissaire aux finances. On l'a vu, chaque fois qu'on a voulu supprimer l'annuité ou l'indexation, le Grand Conseil a voté contre.» Quant au MCG, qui peut faire office de pivot concernant la fonction publique, il ne souhaite pas s'exprimer tant qu'un consensus n'a pas été trouvé avec le Cartel.