Genève

14 avril 2018 12:24; Act: 14.04.2018 13:09 Print

«On s'est retrouvé assis à quatre dans le coffre»

par David Ramseyer - La plus grande compétition d'auto-stop du pays a pris la route ce samedi. Ceux qui ont participé à l'édition 2017 évoquent des moments extraordinaires.

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Comme Clara Della Casa et Céline Vidal, les membres du comité d'organisation ainsi que la majorité des participants sont étudiants à l'Université de Genève. (Photo: Maxime Schmid / Le Matin)

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«Ça m'a bouleversé! On expérimente une forme d'amour et de solidarité, les gens nous aident sans rien demander en retour, on s'offre des sourires.» Etudiant neuchâtelois à l'Université de Genève, Argur Gashi garde visiblement un souvenir éblouissant du premier concours d'auto-stop Pousse-Pouce, l'an passé. L'édition 2018 a débuté ce samedi matin à l'Ile Rousseau à Genève.

Sur la ligne de départ: 280 inscrits, qui se sont élancés par équipes de deux pour rallier Val-Cenis, dans les Alpes françaises, à environ 120 km de la Cité de Calvin. Le principe est simple: parvenir à l'arrivée le plus vite possible. L'aventure est parsemée de défis: monter dans une auto rose ou se faire embarquer par un véhicule improbable, comme un tracteur. Un repas, de la musique et une nuit à l'hôtel attendent les concurrents au terme de leur périple.

Rendez-vous raté avec une ex

Car c'en est bien un, de périple, qui peut se révéler rocambolesque. «L'année dernière, on était au même endroit qu'un autre duo. Un couple de seniors nous a fait monter tous les quatre dans sa voiture, qui n'avait pas de banquette arrière. On s'est retrouvé entassés dans le coffre, assis sur leurs affaires», se marre Argur. Marlène et une amie ont voyagé avec un jeune pompier: «Il venait d'avoir son permis, il était tout content de conduire. Pour nous, il a fait un détour de plus d'une heure et demie et a volontairement manqué un rendez-vous avec son ex. C'est ma copine qui a dû l'appeler pour la prévenir.»

De son côté, Charlotte est tombée sur des «gens adorables qui nous ont trouvé une autre voiture à une station-service pour nous emmener, lorsqu'ils nous ont déposées pour poursuivre la route de leur côté». Enfin, le duo d'Isabelle a embarqué avec un frère et une soeur qui se rendaient à une réunion de scouts. «Ils ont tenu à nous attendre, quand nous avons dû nous arrêter à un point de contrôle. Ils nous ont ensuite avoué qu'ils arriveraient sans doute les derniers à leur camp et qu'ils seraient donc condamnés à la corvée de vaisselle.»

«Séance de thérapie» sur la route

Une ambiance détendue - «on a chanté en choeur avec une famille de Portugais pendant le trajet», se souvient Charlotte - des chauffeurs altruistes, des rencontres inoubliables: que du bonheur? Presque. Passons sur les longues minutes à attendre une auto, parfois par un temps de chien. Il y a aussi le stress avant de monter à bord; surtout la première fois.« J'avais vraiment peur de faire une mauvaise rencontre. Le défi pour moi a été de sortir de ma zone de confort», témoigne Marlène, à l'instar de plusieurs autres concurrents.

Des appréhensions logiques et même salutaires pour éviter de faire n'importe quoi, soulignent les membres du comité d'organisation de Pousse-Pouce (voir encadré). Pour son président, l'auto-stop est certes un moyen de transport écolo - du covoiturage en somme - mais c'est surtout un moment de partage: «On rencontre des gens très différents et cela permet de se rapprocher d'eux», avance Florian Parini. «Et de découvrir d'autres univers que le nôtre», ajoute Sidonie Atgé.

Régulièrement, des chauffeurs profitent de leur passager pour se confier. «De vraies séances de thérapie», image Dino Vajzovic. «On se déplace en stop pour aller vers l'autre, appuie William Chalaby. Ce n'est pas d'arriver à destination qui est primordial, mais le voyage en lui-même.»