Genève

08 février 2019 18:14; Act: 09.02.2019 21:57 Print

«Il sera nécessaire d'armer les polices municipales»

par David Ramseyer - Suite à l'affaire Maudet, le conseiller d'Etat Mauro Poggia a définitivement hérité de la sécurité et de la police. Il livre sa vision dans ces domaines.

Conseiller d'Etat genevois chargé de la sécurité, Mauro Poggia (MCG) réclame davantage d'effectifs et souhaite à terme armer les policiers municipaux.
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Beaucoup se demandent comment Mauro Poggia va tenir le coup. Depuis le 1er février, le conseiller d'Etat MCG est officiellement, et définitivement, chargé de la sécurité et de la police, en plus de l'emploi et de la santé dont il s’occupait déjà. C'est la conséquence des déboires judiciaires de son collègue Pierre Maudet, privé de l'immense majorité de ses attributions.

Mauro Poggia, on peut douter de la capacité d’un seul homme à diriger efficacement un département mammouth comme le vôtre. Vous considérez-vous comme un superman de la politique ?
Non, évidemment pas... Je ne pense d'ailleurs pas que j'aurais pu assumer cela lors de ma première législature. Mais j'ai appris le métier de Conseiller d'Etat. Dans la situation actuelle, il faut établir des priorités et savoir déléguer.

À devoir faire beaucoup, vous risquez quand même de faire moins bien?
Je ne crois pas. Si tel devait être le cas, je tirerais la sonnette d’alarme. Cela dit, ne minimisons pas: ce sera un gros travail.

Collaborez-vous avec Pierre Maudet, lui demandez-vous conseil sur les dossiers dont il avait la charge?
Je ne travaille pas sur la sécurité avec une oreillette connectée à Pierre Maudet. Par ailleurs, la police a une cheffe, un état-major: je n'ai pas besoin de Monsieur Maudet, parce qu'il y a des spécialistes qui m'aident à prendre des décisions.

Renouer le dialogue

Justement, pour cette police, quelle est la priorité?
Le plus important - et j'ai déjà commencé à le faire, je pense - c'est rétablir la relation de confiance rompue avec les policiers et leurs syndicats.

Comment?
Il faut voir non seulement les chefs mais aussi les gens du terrain, qu'ils sentent que leur conseiller d'Etat se préoccupe de leur réalité quotidienne, ce qui n'était pas le cas avant. Est-ce que rencontrer la base, sur son lieu de travail, va changer les choses? Je n'en sais rien. Je verrai. Je n'y vais pas pour qu'on me voie, mais pour écouter, entendre...

Et vous avez entendu quoi?
Certaines brigades sont en grande souffrance, comme la police judiciaire. On lui a demandé de travailler à temps partiel sur le terrain, parce qu'on ne prenait pas en charge certains frais liés aux enquêtes, tout cela pour des économies de bout de chandelle. Et puis, il y a le travail administratif. Dire à des gens qui aiment leur métier: «Vous allez effectuer du travail de bureau au lieu d'aller faire des filatures et d'enquêter», c'est absurde.

Depuis des années, les relations entre les policiers et leurs conseillers d’Etat successifs sont très tendues. Vos prédécesseurs s’y sont-ils mal pris ou les policiers sont-ils des enfants gâtés?
Je ne crois pas qu'on puisse dire que ce sont des enfants gâtés. A Genève, avec sa population nombreuse et son caractère international, les défis sécuritaires vont largement au-delà de ce que d'autres agglomérations suisses connaissent. Mais je suis optimiste de nature, je me dis que l'on va y arriver.

C'est un voeu pieu, ça...
Mais j'ai confiance! Si on discute avec des gens intelligents - et les policiers le sont - il n'y a pas de crainte à avoir. Ils savent que je ne suis pas un magicien; derrière moi, il y a un Grand Conseil et une population. Si la police ne travaille pas bien, je ne pourrai pas redorer son image. Mais parlons aussi des belles choses que font ces femmes et ces hommes, comme leur engagement, leur courage. Si je suis un bon ambassadeur des forces de l'ordre, celles-ci accepteront aussi que je leur dise que ça ne va pas, lorsqu'elles dépasseront les limites.

Nécessaire d'armer la police municipale

Quid de la Loi sur la police, entrée en vigueur le 1er mai 2016: quel bilan en tirez-vous ?
Aucune loi n'est gravée dans le marbre, mais il ne s'agit pas non plus de tout jeter. D'ici la fin de l'année, on fera la liste des améliorations souhaitables.

Par exemple?
Un seul corps de police avec de possibles activités transversales: est-ce que le résultat est atteint? Je n'en suis pas certain. Oui, c'est toute une organisation qui, peut-être, est à revoir. Les cadres sont satisfaits, mais au sein de la base, il y a des critiques. La journée, les forces de l'ordre s'occupent en réalité d'un million de personnes (ndlr: les habitants, mais aussi les travailleurs extra-cantonaux, ou encore les touristes), alors qu'elle est prévue pour 500'000 résidents.

Les effectifs sont visiblement insuffisants, selon vous...
C'est le cas. Certains secteurs doivent être renforcés: la police de proximité et la police routière, notamment. Il faudrait engager plusieurs dizaines de personnes par année.

L'aide des polices municipales pourrait-elle constituer une solution? En les armant, comme le réclament certains?
Oui. Il y a une mentalité dans certains exécutifs communaux de garder la main sur leur police. Ça ne va pas, il faut envisager de travailler autrement et améliorer la coordination. Armer les agents municipaux, à terme, on y arrivera. C'est nécessaire. Cela impliquera aussi une nouvelle collaboration avec les forces cantonales, et évidemment une sélection ainsi qu'une formation différente des policiers communaux.

Nouvel hôtel de police à l'horizon?

Vous demandez un gros effort financier pour plus de personnel et plus de moyens. Mais vous n’êtes pas tout seul et Genève a de gros problèmes budgétaires...
La sécurité n'est effectivement pas l'unique politique que doit mener le canton. Il va falloir effectuer des arbitrages. Reste qu'en matière de sécurité, il y des investissements à faire. Un nouvel hôtel de police serait une bonne chose, car les centres actuels ne répondent pas aux besoins. J'ai commandé des analyses pour chercher des alternatives afin de réunir les forces de l'ordre ailleurs, sur un site, au maximum deux. Pas nécessairement en ville, mais en tout cas près de l'autoroute, pour pouvoir intervenir rapidement.

Dans le domaine pénitentiaire, la prison des Dardelles a du plomb dans l’aile, le crédit d'étude a été refusé...
Je pense que cette infrastructure est nécessaire, le projet est bon, mais on peut l'imaginer plus modeste, soit environ 300 places au lieu de 450, tout en prévoyant une possible extension ultérieure. Les conditions à Champ-Dollon, prévue à la base pour des peines préventives, ne sont pas satisfaisantes. Nous devons absolument avoir une structure pour les exécutions de peines. D'ici la fin de l'année, je présenterai un projet en ce sens.

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Les commentaires les plus populaires

  • DATA le 08.02.2019 18:30 Report dénoncer ce commentaire

    Nécessité d'armer la police municipale !

    C'est sans doute nécessaire puisque le responsable en charge le dits. Je considère que c'est un indicateur important de la dégradation de la situation sécuritaire du pays et qu'il y a sans doute lieu de mettre en oeuvre des solutions en amont. On lits que plus de la moitié des emprisonnés sont étranger: Schengen et la libre circulation avec l'UE sont elle vraiment les solutions qu'il nous faut ?

  • Pissaro le 08.02.2019 18:25 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Il faut armer les policiers municipaux

    Genève est le seul canton suisse où les agents de police municipale ne sont ni armés ni titulaires du brevet de policier. C'est absurde et dangereux pour la sécurité de notre canton.

  • France le 08.02.2019 18:24 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Sécurité

    Il faudrait mettre des caméras ds toute la ville comme ds beaucoup de pays!!

Les derniers commentaires

  • Yann D. le 09.02.2019 21:54 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    Continuez

    Bravo M. Poggia, enfin quelqu'un de pragmatique. Excellent

  • G.-O. Bron le 09.02.2019 21:47 Report dénoncer ce commentaire

    Non à des APM armés !

    Comme élu municipal, je refuse que les APM soient doter d'armes à feu. Si la loi change et oblige que les policiers municipaux aient un brevet fédéral et une arme à feu, je proposerai à mes collègues du Conseil municipal de se passer de tels employés communaux. Parce qu'outre un coût supplémentaire à la charge des finances communales - déjà déficitaires - la sécurité des citoyens ne sera pas mieux assurée. Les missions des APM n'exigent clairement pas qu'ils soient armés.

  • Alain Schweizer le 09.02.2019 21:04 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    pas pro du tout

    le fait qu'il ne veuille pas parler à Maudet pour s'informer est révélateur de sa personnalité arrogante et opportuniste. si on veut livrer un résultat, il faut parler à ceux qui savent. meme si maudet est inculpé ca ne change rien: il a géré ce département et les bonnes pratiques exigent qu il fasse un transfert intelligent et complet à Poggia.

  • jo le 09.02.2019 20:52 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    caméra comme d autre pays

    il y a de plus en plus de violence. la solution pour intimider c'est de mettre des caméras dans chaque coin de rue et le signaler en gros sur des panneaux. ça un coût mais un seul coût pour 15ans voir plus.

  • Alain Schweizer le 09.02.2019 20:51 via via Mobile Report dénoncer ce commentaire

    inepte et pas réaliste

    confier davantage de tâches au champion des grandes déclarations et du brassage d'air, alors qu'il doit "gère" déjà le plus gros departement... voilà une decision raisonnée. Il a tout à fait compris comment paraître actif en ne faisant rien. Que je sache, le directeur controversé de l'OCE est toujours en poste et ses subalternes souffrent toujours.