Genève

18 juin 2018 06:54; Act: 18.06.2018 10:22 Print

Promotion pourrie: le Credit Suisse montré du doigt

par Jérôme Faas - La banque a signé des conventions avec les propriétaires arnaqués. Un aveu, juge Me Meier, qui défend un promoteur.

storybild

L'avocat de l'un des promoteurs souhaite que le Ministère public entende à nouveau la banque. (Photo: Keystone/Martial Trezzini)

Sur ce sujet
Une faute?

L’affaire des deux sulfureux promoteurs immobiliers qui secoue Genève depuis cinq ans (lire encadré) connaît un développement nouveau. Me Nicola Meier, avocat d’un des hommes d’affaires, est déterminé à lui éviter de payer pour tous. Il désigne EDD, l’entreprise générale chargée des travaux et, surtout, le Credit Suisse.
«Les agissements de la banque doivent clairement s’examiner sous l’angle pénal, assène Me Meier. Sa responsabilité civile, elle l’a déjà admise.» A l’appui de son affirmation, il brandit une convention conclue entre le Credit Suisse et plusieurs propriétaires de villas à Chancy, spoliés par la faillite d’EDD. La banque s’y engage à les dédommager. Un geste commercial, dit-elle, pour solde de tout compte. «Un quart de million déjà versé en catimini sonne au contraire comme un aveu de culpabilité», pour Me Meier.

Jeu de l'avion et faux maquillés au tipex

Il accuse. EDD s’est adonnée durant des années au jeu de l’avion, finançant un chantier avec un autre, «générant 94 millions de chiffre d’affaires en cinq ans sans tenir aucune comptabilité, sans réviseur et en produisant à la banque des faux grossiers, par exemple maquillés au tipex!» Or, tance l’avocat, le Credit Suisse – qui réglait les factures produites par EDD – avait un devoir de contrôle qu’il a ignoré au mépris des règles de la Finma (autorité fédérale de surveillance des marchés). «Tout ça pour encaisser des intérêts sur les dizaines de millions prêtés aux propriétaires et se servir sur les crédits de construction.» Et Me Meier de réclamer que le Parquet, dans le cadre de la procédure visant les promoteurs et EDD, auditionne à nouveau le Credit Suisse.

Le Credit Suisse «pas responsable»

Sollicitée, la banque répond de manière minimaliste. Par la voix de son porte-parole Jean-Paul Darbellay, elle explique «ne pas être responsable de la faillite de l’entreprise générale EDD SA ainsi que des conséquences sur la promotion «Les Raclerets» dont ladite entreprise générale avait la charge. Par principe, la banque ne communique pas sur des affaires en cours ni sur d’éventuelles relations clientèle.»