Genève

19 avril 2019 10:47; Act: 19.04.2019 10:58 Print

Ouverture dominicale des commerces: on revote

La droite aimerait tester, durant deux ans, l'ouverture des magasins trois dimanches par an. En l'absence de convention collective, la gauche dit non.

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Les tenants de l'ouverture dominicale espèrent limiter le tourisme d'achat en France. (Photo: Pierre Abensur)

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Les Genevois doivent à nouveau se prononcer sur l'ouverture dominicale des commerces. Deux ans et demi après une première votation sur le sujet, ils diront le 19 mai s'ils veulent autoriser les magasins à accueillir les clients trois dimanches par an pour une période expérimentale de deux ans.

Les citoyens genevois ont déjà accepté, en novembre 2016, l'ouverture des magasins trois dimanches par an. Cette mesure était toutefois conditionnée à l'existence d'une convention collective de travail (CCT) étendue dans le secteur. Or cette CCT n'a jamais vu le jour, les partenaires sociaux ne parvenant pas à s'entendre.

Pour débloquer la situation, la majorité de droite du Grand Conseil a fait passer une nouvelle loi en septembre dernier pour autoriser ces trois ouvertures dominicales, même en l'absence de CCT. Dénonçant un coup de force, la gauche et les syndicats ont alors lancé un référendum.

«Les Genevois l'ont dit clairement en 2016: ils veulent une protection des salariés en contrepartie d'une ouverture le dimanche. Nous pensions que le message avait été clair, mais ce n'est apparemment pas le cas pour tous», regrette Davide De Filippo, secrétaire syndical du SIT.

Volontariat

Les syndicats exigent des compensations pour le travail dominical. «Nous voulons une protection contre la flexibilisation du travail, une pratique qui nuit gravement aux employés. Cela passe par une CCT», affirme Davide De Filippo.

Selon Jacques Béné, l'un des auteurs du projet de loi, les travailleurs ne seront «aucunement sacrifiés». Le député PLR relève que des compensations existent déjà, même sans CCT. La pratique obligatoire prévue à Genève prévoit, en cas de travail un dimanche, un supplément de salaire de 100% et un jour de compensation, souligne-t-il. «Le travail dominical doit aussi s'effectuer sur une base volontaire», ajoute Jacques Béné. «Au vu des compensations prévues, je pense qu'il y aura beaucoup de personnes intéressées à travailler le dimanche», estime-t-il.

Test de deux ans

Pour les défenseurs de la nouvelle loi, l'ouverture des commerces le dimanche constitue une réponse au tourisme d'achat. «Il s'agit de sauver des emplois à Genève», assure Jacques Béné, rappelant que les magasins sont régulièrement ouverts le dimanche en France voisine.

«Cette loi ne répond en rien à la problématique du commerce de détail genevois», rétorque Davide De Filippo. «Si les gens consomment en France voisine, c'est pour une question de prix, pas d'horaire. Le vrai problème, c'est le pouvoir d'achat des salariés», remarque le syndicaliste.

Jacques Béné rappelle qu'il s'agit d'une loi expérimentale de deux ans, et qu'un bilan sera effectué au terme de cette période. «C'est un moyen de nous mettre devant le fait accompli. Il sera très difficile de revenir en arrière après deux ans de pratique», juge Davide De Filippo.

(ats)