Genève

11 septembre 2015 16:20; Act: 11.09.2015 16:36 Print

Pas assez de places pour les jeunes handicapés

par Jérôme Faas - Les parents de jeunes majeurs souffrant d'un handicap mental alertent. Il n'y a plus de places dans les institutions spécialisées.

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Cyril Mizrahi, président de la Fédération genevoise des associations de personnes handicapées et de leurs proches, ce vendredi, dénonçant le manque de places en institutions spécialisées. (Photo: Keystone/Martial Trezzini)

Une faute?

Il y a ce père, qui raconte son fils de 20 ans autiste, ses fugues à travers l’Europe, et aujourd’hui son internement en hôpital psychiatrique, où il dépérit. Puis cette mère, dont le garçon de 26 ans souffre de schizophrénie, et qui, faute de lieu d'accueil adapté, balloté de foyer en hôtel, a tenté de mettre fin à ses jours au Pont Butin. Ces parents, épuisés, émus, aimants, sont venus dire ce vendredi leur peine et leur désarroi face au manque de places pour les jeunes adultes dans les institutions spécialisées.

Il manque entre 139 et 220 places

Réunis sous la bannière de la Fégaph, la Fédération genevoise des associations de personnes handicapées et de leurs proches, ils tirent la sonnette d’alarme. Il manque aujourd’hui, pour les jeunes majeurs handicapés, entre 139 et 220 places d’accueil, selon les chiffres du Grand Conseil. «Expulsés» à leur majorité des établissements pour mineurs, ces laissés-pour-compte du système oscillent entre le domicile parental et l’hôpital psychiatrique, des lieux inadaptés. «C’est invivable pour mon fils et ingérable pour nous», synthétise un père.

Situation critique depuis trois ans

«Ce problème existe depuis de nombreuses années, les politiques ont déjà été alertés, mais depuis trois ans, la situation est particulièrement critique et ne cesse d’empirer, expose Augusto Cosatti, président de l’association Insieme. Les familles doivent garder leur enfant psychiquement atteint chez elles, c’est extrêmement compliqué, toute la vie doit être réorganisée, dans les foyers monoparentaux, cela peut être dramatique.» Les proches des jeunes gens jugent également que hors des institutions spécialisées, ils régressent.

Les associations demandent la création urgente de places d’accueil. Elles manifesteront mardi à la place Neuve et invitent leurs membres à envoyer une carte postale au conseiller d’Etat Mauro Poggia afin de «le sensibiliser», explique Cyril Mizrahi, président de la Fégaph. «C’est le cri des parents, le cri du cœur!»

Planification défaillante

Si les associations sont inquiètes, notamment en raison du lourd climat budgétaire dans lequel est englué le Canton, elles soulignent «une prise de conscience» du Conseil d’Etat. Mais veulent dorénavant du concret. D’autant plus que créer une place peut prendre des années. «L’un des projets de la Fondation Ensemble, à l’écoquartier des Vergers, a débuté voici cinq ans et accueillera ses premiers jeunes en 2017. L’importance de la planification est donc capitale», explique Philippe Grand, père d’une fille prise en charge par ladite fondation. Elle a d’ailleurs été défaillante par le passé, juge la Fégaph, puisque les jeunes majeurs privés de places aujourd’hui étaient répertoriés par le système depuis de nombreuses années.

La réponse de l'Etat

Le Département de affaires sociales, via son porte-parole Laurent Paoliello, explique avoir pris la mesure du problème. «On collabore et on continuera à collaborer avec les familles et les associations.» Il rappelle que les subventions aux établissements pour handicapés ont augmenté «de 28% entre 2009 et 2014», et précise que la planification 2015-2018 prévoit 156 nouvelles places, sans en faire le détail. «De plus, l’enveloppe budgétaire de 1,5 million communiquée dans le cadre du projet de budget 2016, permettra de financer l’ouverture des nouvelles places en question», estime Laurent Paoliello.