Genève

24 mai 2019 23:00; Act: 24.05.2019 23:00 Print

Peine confirmée pour un policier voleur de drogue

par David Ramseyer - Trois gendarmes avaient dérobé du cannabis dans leur commissariat. Ils ont été condamnés. Mais l'un d'eux a fait recours. En vain.

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(Photo: Keystone/Abir Sultan)

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Le policier semble agacé et plutôt incrédule de se retrouver sur le banc des accusés, ce vendredi au palais de justice. En mars dernier, ce quadragénaire et ses deux subordonnés ont été reconnus coupables du vol de plants de cannabis, entreposés dans leur commissariat de Blandonnet après une saisie (cf. encadré). Le Tribunal de police a confirmé aujourd'hui sa condamnation, à laquelle L. s'était opposée, contrairement à ses collègues.

Un «oubli»

Le jour des faits, le 13 janvier 2018, le prévenu affirme avoir trouvé deux plants sur le sol, dans le garage du commissariat, alors qu'il cherchait un tournevis pour réparer ses lunettes défectueuses. «Je ne pouvais pas laisser la drogue là, je n'étais pas sûr qu'elle provenait de la perquisition et je ne voulais pas fausser le travail des mes collègues.» Le gendarme assure qu'il voulait enquêter sur la présence par terre des stupéfiants. Il émet notamment une hypothèse: celle d'un voleur surpris par sa présence qui se serait enfui, abandonnant son butin sur place.

«J'ai mis le cannabis dans mon casier, poursuit l'homme, alors toujours en quête d'une solution pour ses lunettes. Ensuite, ça m'est sorti de la tête. Fatigué par une longue nuit, en souffrance (ndlr; il a été victime d'un grave accident avant les faits), j'ai oublié les plants lorsque je suis rentré chez moi.»

Le syndrome de Dory

Une version que le Ministère public qualifie de «farfelue» et «rocambolesque». La thèse d'un voleur? Le procureur général Olivier Jornot n'y croit pas une seconde. Et puis, impossible pour le prévenu de ne pas imaginer que les stupéfiants provenaient de la prise de la nuit, martèle le magistrat. Pourtant, dans les heures qui ont suivi, «il n'a rien dit. Il a menti à ses collègues, par omission».

Olivier Jornot rappelle que quelques minutes seulement se sont écoulées entre le moment où L. a fait sa trouvaille et a rejoint les autres policiers du commissariat. Pour le procureur, l'oubli présumé de drogue dans son casier, par le gendarme, «relève du syndrome de Dory» (ndlr; le célèbre poisson amnésique du film «Le monde de Nemo»).

Pas de mobile

Le défenseur de L. monte alors au créneau. Selon Me Alain Berger, il faut dissocier le dossier de son client de ceux de ses deux subordonnés, qui ont agi «comme de petits délinquants» en dérobant du cannabis. L'homme de loi relève que le quadragénaire ne consomme pas de drogue, ce que les analyses ont prouvé. «Alors pourquoi aurait-il dérobé ces plants? Pour les vendre? Il les aurait emmenés avec lui en partant, plutôt que de les laisser dans son casier.»

Par ailleurs, L. a été vu avec les produits stupéfiants par un collègue. S'il se savait en faute, il les aurait rapportés immédiatement au lieu de les garder et d'éveiller ainsi les soupçons, argumente l'avocat. Ce dernier souligne enfin que son client a vraiment voulu investiguer sur la présence des plantes dans ce garage. Pour Me Berger, la fatigue explique l'oubli. Et de demander l'acquittement de L.

Le Tribunal en a décidé différemment, jugeant les explications du gendarme peu crédibles, même si ses motivations ne sont pas claires. Pour la juge Sabina Mascotto, il a «consciemment» gardé les plants. «La faute n'est pas anodine de la part d'un gendarme expérimenté, qui a des responsabilités hiérarchiques.» Ce dernier a vu sa peine de 90 jours-amende avec sursis confirmée; mais le montant des jours a été légèrement réduit.

Me Berger fera appel: «On se demande toujours quelle était la motivation de mon client. Le jugement est resté muet sur ce point».