Genève

13 novembre 2019 09:53; Act: 13.11.2019 09:53 Print

Davantage de pouvoir pour les amis des animaux?

par Maria Pineiro - «Pour un meilleur contrôle de l'expérimentation animale» veut donner plus de poids aux associations dans le processus d'autorisation des recherches.

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La majorité des animaux concernés par les tests sont des rongeurs. (Photo: Unol)

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L'initiative populaire cantonale lancée par la Ligue suisse contre la vivisection (LSCV) «Pour un meilleur contrôle de l'expérimentation animale» fait la quasi unanimité politique... contre elle. Le texte, au sujet duquel les Genevois se prononceront le 24 novembre, veut renforcer le contrôle de la délivrance des autorisations de recherche. Seuls les Verts'libéraux la soutiennent. Les Verts ont laissé la liberté de vote à leurs sympathisants. Tous les autres s'y opposent.

D'après la loi actuelle, la Commission cantonale pour les expériences sur les animaux doit être composée de sept membres, dont deux issus des rangs d'associations de défense des animaux. Sa mission est de traiter chaque demande, d'obtenir des compléments si nécessaire ou des modifications des projets de recherche, avant de les préaviser. Ces avis sont consultatifs, puisque les autorités n'ont pas à les prendre en compte. Leur seule obligation, informer la commission de leurs décisions et les motiver.

Poste réservé à une association?

L'initiative ne toucherait pas à la répartition au sein de la commission. Elle entend par contre peser sur le choix des membres, qui sont tous nommés par le Conseil d'Etat, et leur donner de nouvelles prérogatives. Ainsi, les deux représentants des associations de défense des animaux devraient être «actifs dans le domaine de l'expérimentation animale». Pour l'Université de Genève (Unige) et les Hôpitaux universitaires (HUG), cette exigence revient à réserver ces places à la seule Ligue suisse contre la vivisection. «Faux, rétorque, Luc Fournier, président de la ligue, Si d'autres associations sont motivées à s'intéresser à cette problématique, alors elles pourront intégrer la commission.» En cas de refus d'une candidature, l'initiative prévoit un droit de recours.

Mais le nœud du texte se situe dans le droit de recours accordé à titre individuel. Ainsi, un seul membre de la commission pourrait faire établir une expertise à ses frais ou s'opposer à la délivrance d'un préavis positif. Pour Luc Fournier, les associations de défense des animaux n'abuseront pas de cette possibilité, puisqu'elle engendrera des coûts. Les milieux académiques et médicaux estiment que les animalistes pourront trop facilement bloquer d'importants projets de recherche.

Une initiative garde-fou

Le président de la LSCV qui a siégé durant vingt ans dans la commission précise, qu'en moyenne, cinq expériences sur une centaine pourraient poser problème par année. «Par exemple, parce que la souffrance animale n'est pas suffisamment prise en compte par rapport au gain scientifique escompté», détaille-t-il. Luc Fourneir estime que la simple possibilité d'un recours bridera les équipes de recherche peu scrupuleuses. Derrière cet argument, il y a le sentiment que les animaux ne sont que des faire-valoir de scientifiques en mal de reconnaissance soutenus par des universités et des hôpitaux l'œil rivé sur les classements internationaux. Pour Luc Fournier, il n'est pas compréhensible que des expérimentations soient menées pour satisfaire à la recherche fondamentale, sans savoir si elles aboutiront à une application concrète. Ces inquiétudes sont battues en brèche tant par l'Université que les HUG qui insistent sur le nombre de remèdes élaborés à partir de ces tests.

Les deux institutions se veulent rassurantes: «Toute expérimentation est le fruit d'une pesée d'intérêts entre l'avancée attendue pour la recherche et l'atteinte au bien-être animal», a précisé Samia Hurst, bioéthicienne. De plus, les règles en matière d'utilisation d'être vivants sont très strictes en Suisse, les autorisations ne sont délivrées que s'il n'est pas possible d'utiliser des méthodes alternatives. Pour autant, les milieux académiques et médicaux admettent une certaine inquiétude au sujet de l'initiative.