Genève

24 juin 2019 06:16; Act: 24.06.2019 06:16 Print

Contre la pub sexiste, les Verts sortent le bazooka

par Jérôme Faas - Emboîtant le pas au canton de Vaud, qui vient de se doter d'un texte anti-pubs sexistes, les Verts genevois vont déposer un projet de loi similaire.

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Sale temps pour la publicité sexiste. Le 18 mai, Vaud a voté une loi l’interdisant. Les Verts genevois sont dorénavant sur le point de déposer un projet de loi similaire. A l’origine de ce texte, la jeune députée Verte Katia Leonelli, qui juge qu'au lendemain de la vague metoo et de la grève des femmes, la société est mûre pour cela.

Pour elle, le sexisme comporte deux pôles. Le premier concerne les discriminations ou préjugés basés sur le genre. «Les personnes touchées sont principalement les femmes, placées dans des positions de soumission, ramenées au sein du foyer. L'exemple, ce sont les publicités où les femmes ont des activités domestiques. Ces images influencent la manière dont elles se perçoivent et les font se sentir moins légitimes. Cela débouche aussi sur des discriminations à l'emploi.» Le second pôle, ce sont les corps hypersexualisés. «Ils encouragent la culture du viol et du harcèlement de rue, qui constituent un vrai problème de santé publique.»

Haro sur l'éthiquement incorrect

Mais comment trancher? Katia Leonelli concède que des zones grises existent. Elle observe que «forcément, il n’y a pas de critère objectif» et qu'il existe autant de définitions du sexisme que d'individus. Pour sa part, elle propose de s'appuyer comme l'ont fait les Vaudois sur la définition de la Commission suisse de la loyauté (lire encadré). Libre ensuite aux députés d'affiner ou de préciser lors du travail de commission.

Une chose est sûre, elle voudrait ratisser large. Un homme en costume qui surplombe une femme manifestement secrétaire pour vendre un service bureautique? Une femme qui lorgne avec envie un homme dans une grosse berline pour vanter la voiture? «Pour ma part, je souhaiterais que cela soit interdit. Le spectre est très étendu, mais je pense que l'on est prêt pour ça, pour supprimer tout ce que l'on trouve éthiquement ou politiquement incorrect.» Mais son avis compte peu, dit la Verte. Elle pense que la décision doit revenir aux communes, aidées par une commission consultative d’experts en matière d’égalité (éthiciens, sociologues, diplômés d'études genre), avec des voies de recours prévues.

Grande distribution brocardée

Le projet est accueilli positivement par Delphine Bachmann, députée PDC. Elle trouve «navrant que la grande distribution continue à juger pertinentes les publicités sexistes. Elle ne joue pas le jeu, alors qu’elle a eu le temps de s’adapter.» Autrement dit, l'incitatif n'a pas suffi. «On doit donc aller plus loin, passer à la vitesse supérieure, sinon, dans 150 ans, les garçons continueront à jouer au foot et les filles à la poupée. Faire tomber les stéréotypes est essentiel.» Elle avoue en revanche la difficulté de définir des critères objectifs et de déterminer qui doit décider. «C’est très compliqué. Le juste pour moi ne sera pas le juste pour l'autre. Je n’ai pas la solution.»

«Hyper subjectif»

Ana Roch, députée du MCG, se déclare elle aussi «pas contre le principe sur le fond. Certaines pubs vont trop loin, bien sûr.» Mais la forme la laisse dubitative. Elle juge qu’une telle loi serait ardue à appliquer. «Qu’est-ce qu’une pub sexiste? Une nana dans une cuisine? Un mec sur un chantier? Une nana en maillot de bain? Faudrait-il des quotas d'hommes et de femmes sur les affiches? Cela me paraît hyper subjectif et compliqué à définir.»